‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 168 sur 208 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

GRANGER, GAREAU, GHASTEAUFORT, PAQUIER.

GRANGER

Quel climat sont allés habiter nos rosciens? l'Antipode ou notre Zénith; je vous décoche le bonjour, chevalier du grand revers; et vous, l'homme à l'héritage, salut et dilection.

GAREAU

Parguene je sis venu nobstant pour vous défrincher ma sussion encore eune petite escousse; excusez l'importunance da; car c'est la ménagère de mon onque qui ne feset que huyer environ moy, que je venis. Que velez-vous que je vous dise; ol feset la guieblesse. Ah! vrement, ce feset-elle à par soy, M. Granger, pis qu'il set tout, c'est à ly à sçavoir ça. Va-t'en va, Jean, il te dorra un consille là-dessus. Dame j'y sis venu.

GRANGER

O mon cher ami, par Apollon claire-face qui communique sa lumière aux choses les plus obscures, ne nous veuille rejeter dedans le creux manoir de cette spelonque généalogique.

GAREAU

Parguene, monsieu, sacoutez don eun tantet, et vous orez, si je ne vous la boute pas aussi à clair qu'un cril)e.

GRANGER

Ma parole est aussi tenable qu'un décret de destin.

GAREAU

0 bian comme dit Pilatre, 7Mod scnsi,scrisi, n'importe, ce niaumoins, tanquia, qu'odon comme dit l'autre, vêla eune petite douceur que notre Mère-grand vous envoyé.

Il lui présente une fressure de veau pendue au bout d*un b&ton.

340 COMÉDIES DU XVll'^ SIÈCLE

GRANGER

- Va, cher ami, je ne suis point jurisconsulte mercenaire.

GAREAU

Là, là, prenez toujours, vaux mieux un tian, que deux tu Tauras.

GRANGER

Je te dis encore un coup, que je te remercie.

GAUEAU.

Prenez, vous dis-je, vous ne savez pas qui vous prenra.

Et si, champêtre étérogènc, prends-tu mes vêtements pour la marmite de ta maison.

GAREAU

Ho, ho, tredinse, il ne sera dit que j'usions d'obliviance ; cor que je siomes petits je ne sommes pas vilains.

GRANGER

Veux-tu donc me diffamer a capite adcalcem.

(iAREAU.

Bonnefy vous le prendrais. Je sais bian, comme dit l'autre, que je ne sis pas digne d'être capable; mais stanpendant oui n'y a rian qui ressembe si bian à eun chat qu'eune chate. Bonnefy, vous le prendrais da, car on me huirait; et pis vous en garderiez de la rancœur en contre moi.

GRANGER

Oh ! vénérable confrère du Pan, des Faunes, des Silvains, des Satyres et des Driades, cesse enfin par un excès de bonne volonté do difïamer mes ornements, et je te permets par rémunération de rester spectateur d'une invention théâtrale la plus hilarieuse du monde.

GHASTEAUFORT.

J'y entre aussi; et pour récompense, je te permets, en cas d'alarme, de te mettre à couvert sur le bouclier impénétrable de mon terrible nom.

GRANGER

J'en suis d'accord, car que saurait refuser un mari le jour de ses noces ?

PAQUIER, à Chasteaufoft.

Mais, monsieur, je voudrais bien savoir qui vous êtes, vous qui vouliez entrer ?

GHASTE\UFORT.

Je suis le fils du tonnerre, le frère aîné de la foudre, le cousin de l'éclair, l'oncle du tintamarre, le neveu de Garon, le gendre des furies, le mari de la parque, le russien de la mort, le père, l'ancêtre et le bisaïeul des éclaircissements.

PAQUIER.

Voyez si j'avais tort de lui refuser l'entrée? Comment un si grand homme pourrait-il passer par une si petite porte. Monsieur, on vous souffre à condition que vous laisserez là vos parents; car avec le bruit, le tonnerre et le tintamarre, on ne pourrait rien entendre.

GHASTEAUFORT.

Garde-toi bien une autre fois de te méprendre. D'abord que quelqu'un viendra s'offrir, demande lui son nom : car s'il s'appelle la montagne, la tour, la roche, bute, fort-chàleaii, chàteaufort, ou de quelqu'autre titre inébranlable, tu peux t'assurer que c'est moi.

PAQUIER.

Vous portez plusieurs noms, parce que vous avez plusieurs pères.

Ils entrent.

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