SCENE IV ISABELLE, LAURETTE
ISABELLE
L'ingrat déchire ainsi mon billet à mes yeuxl
LAURETTE
Vous voyez.
ISABELLE
Est- il rien de plus injurieux, Qu'ainsi de ma faiblesse il triomphe à ma vue?
LAURETTE
Que vous avais-je dit?
ISABELLE
Ah! pourquoi m'as-tu crue?
Pourquoi lui rendais-tu ce billet trop honteux?
LAURETTE
Pourquoi? vous le vouliez.
ISABELLE
Sais-je ce que je veux?
Toi, qui voyais la honte où s'exposait ma flamme, Que ne trahissais-tu le faible de mon âme? Fallait-il, pour en croire un lâche emportement, Abandonner mon cœur à son aveuglement?
Et ne devais-tu pas, avec un zèle extrême, Prendre soin de ma gloire, en dépit de moi-même?
LAURETTK.
Le remède est facile, après tout.
40 'i <:OMÉDIKS DU XYII" SIÈCLE
ISABELLE
Hé! comment?
LAURETTE
D'un billet, sans adresse, on se sauve aisément. Dites, pour réparer et ma faute et la vôtre, Que vous aviez écrit ce billet à quelqu'autre.
ISABELLE
Mais à qui donc?
LAURETTE
A qui? n'importe.
ISABELLE
A ton avis, Dis.
LAURETTE
Au premier venu. Par exemple, au marquis.
ISABELLE
A tes soins désormais mon âme s'abandonne: Mais quelqu'un vient ici; je ne puis voir personne.