‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 200 sur 208 · AGA^'TE · texte numérisé non relu

AGA^'TE

Non; je puis, sans chagrin, savoir votre bonheur : Isabelle à présent ne me tient plus au cœur; Je vois son changement avec indifférence, Et vous m'en pouvez faire entière confidence. Je me sens bien guéri; ne craignez rien pour moi.

LIi MARQUIS.

Tout de bon?

AGANTE.

Tout de bon?

Tu fais fort bien, ma foi :

Mépriser le mépris, rendre haine pour haine, Est le parti qu'il faut qu'un honnête homme prenne. Isabelle, après tout, n'a rien fait d'étonnant; Tu lui plus autrefois; je lui plais maintenant. Durant quatre ou cinq ans son cœur fut ta conquête : Du sexe dont elle est, le terme est bien honnête ; Tu ne dois pas t'en plaindre, et je la quitte à moins.

AGANTE.

Avez-vous pour lui plaire employé bien des soins?

LE MARQUIS

Moi ? des soins pour lui plaire ! un tel soupçon m'offense ; Mes soins sont pour des choix de plus grande importance : A moins d'être duchesse, on ne peut m'engager, Et le cœur que tu perds me vient sans y songer.

AGANTE.

Vous voyez toutefois en secret Isabelle?

LE MARQUIS

Elle m'en a prié; je n'ai pu moins pour elle : On doit être civil, si l'on n'est pas amant. Peut-on t'u "-îilnnt homme en user autrement.

AGANTE.

Mais cniiu, dans l'ardeur dont elle est possédée, Quelle marque d'amour vous a-t-elle accordée? Comment en use-t-elh3 avec vous en secret?

424 (.:OMÉDiES DU XVJl' SIECLE

LE MARQUIS

Tu peux croire...

Hemf

LE MARQUIS

Cousin, il faut être discret.

Tu t'émeus; parle-moi franchement, je te prie : Tout ce que j'en ai fait n'est que galanterie; Je suis trop ton ami pour te rien refuser; Et, si le cœur t'en dit, tu la peux épouser.

AGANTE.

C'est pour moi trop d'honneur, et je cède la place. Mais pourrais-je de vous attendre une autre grâce?

LE MARQUIS

Parle ; je suis à toi : mais, morbleu ! tout de bon.

AGANTE.

Fallait-il, pour cela, m'arracher ce bouton?

LE MARQUIS

C'est pour mieux t'exprimer, cousin, de quel courage...

AGANTE.

Au moins, je ne puis pas reculer davantage.

LE MARQUIS

Là, reprends du terrain.

AGANTE.

Pourrait-on seul vous voir; En quelque endroit demain?...

LE MARQUIS

Situ veux, d«"'s ce soir :

Pourquoi ?

Vous n'avez lu qu'un couteau, que je pense?

LE MARQUIS

Non.

AGANTE.

Prenez une épée, et bonne et de défense.

LE MARQUIS

As-tu quelque querelle?

l:omédies du xvir- siècle 425

AGANTE.

Oui, qu'il faudra vider.

LE MARQUIS

Mais est-ce un différend qu'on ne puisse accorder?

AGANTE.

Non; il n'est point d'accord pour de pareils outrages.

LE MARQUIS

Apprends-moi donc, au moins, contre qui tu m'engages.

AGANTE.

Vous n'avez pas compris à quoi je me résous; Je veux me battre seul.

LE MARQUIS

Fort bien.

Mais contre vous.

LE MARQUIS

Pour moi je ne me bats qu'en rencontre imprévue.

AGANTE.

Hé bien! soit : descendons, à l'instant, dans la rue.

LE MARQUIS

Mais quel tort t'ai-je fait? examinons en quoi : Si ta maîtresse m'aime, est-ce ma faute à moi? Un homme recherché peut-il de bonne grâce?...

AGANTE.

Quoi qu'il en soit, il faut que je me satisfasse; N<»iw n.ni< hntfrons là-bas, si vous avez du cœur.

LE MARQUIS

(juui qu'il t'ii suit, cousin, je suis ton serviteur. Je n'ai point prétendu te faire aucune injure, Et ne me battrai point contre toi, je te jure.

AGANTE.

L'honneur vous touche ainsi?

LE MARQUIS

Pour être décrié, , Mon honneur dans le monde est sur un trop bôri pic; Et j'ai fait assez voir dos marques de courage, Pour n'avoir pas besoin d'en donner davantage.

2() '".o^TÉDIES 1)1' X\l r <1 r.ci.

Si VOUS ne me suivez...

LE M\UQUTR.

Cousin, en véiilt-; Tu pourrais voir, enfin, rabattre ta fierté.

AGANTE.

Venez, ou je vous tiens pour le dernier des homrnrs.

LE MARQUIS

Ah ! si nous n'étions pas cousins comme nou.> -.-mm. >

AGANTE.

Ah I si vous étiez brave...

LE MARQUIS

Encore un coup, cousin, Quand on me presse trop, je m'échauffe à la fin ; Et si tu me fais mettre une fois en furie. J'irai, vois-tu, j'irai...

AGANTE.

Venez donc, je vous prie.

LE MARQUIS

Hé bien donc, puisqu'enfin tu me pousses à bout, J'irai trouver ton père, et je lui dirai tout; Il est ici.

AGANTE, iiiettaiit l'épée à la main.

Je cède, enfin, à ma colère.

LE MARQUIS

Hé, cousin i

Défends-toi. Quelqu'un sort ; c'est mon père.

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