SCÈNE VII AGANTE, ISABELLE
AGANTE, revenant sur ses pas.
L'ingrate encor ne s'est pas retiré-e.
ISABELLE
Vous n*étes pas sorti ?
Vous n'êtes pas rentrée ?
Qui vous peut retenir ?
ISABELLE
Qui VOUS fait demeurer ?
AGANTE.
Moi ? rien; je vais sortir.
ISABELLE
Je vais aussi rentrer.
AGANTE.
Quoi ! vous me fuyez donc avec un soin extrême ?
ISABELLE
Moi ! point : c'est vous, monsieur, qui me fuyez vous- A G AN TE. [même.
C'est vous faire plaisir; au moins je l'ai pensé.
ISABELLE
Vous savez qu'autrefois... Mais laissons le passé.
AGANTE.
Vous allez donc, enfin, être ma belle-mère?
ISABELLE
Vous allez donc aussi devenir mon beau-père?
Si j'ai changé, du moins mon cœur, quoiqu'inconstant, Ne s'est guère éloigné de vous en vous quittant, N'a passé qu'à la mère, échappé de la fille, Et n'a pas même osé sortir de la famille.
ISABELLE
Vous voyez bien qu'aussi prenant un autre époux. Je tâche, en changeant même, à m'approcher de vous : Il est vrai qu'on y peut voir cette différence, Que vous changez par choix, moi par obéissance.
AGANTE.
Mais vous obéiriez sans un effort bien grand.
ISABELLE
Gela VOUS est, je pense, assez indifférent.
Il me devrait bien l'être, après l'injuste llanime Qu'un indigne rival a surpris dm s votre âme. Le marquis î...
ISABELLE
Vous })ourriez croire mon cœur si bas, si lâche...
AGANTE.
Hé 1 quel moyen de ne le croire pas ?
Il ne fallait avoir pour moi qu'un peu d'estime : Suivez, monsieur, suivez l'ardeur qui vous anime ; Uonipez l'attachement dont nous fûmes charmés; Brisez les plus beaux nœuds que l'amour ait formés. Puisqu'il vous plaît, enfin trahissez sans scrupule Ces serments si trompeurs, où je fus si crédule ; Portez ailleurs des vœux (pii m'ont été si doux; Mais épargnez, au moins, un cœur qui fut à vous ; Un cœur qui, trop content de sa première chaîne, La voit rompre à regret, et n'en sort qu'avec peine; Un cœur trop faible encor, pour qui l'ose trahir, Et qui n'était pas fait, enfin, pour vous haïr.
AGANTE.
Vous voulez m'abuser, en parlant de la sorte ; Hé bien, ingrate, hé bien! abusez-moi, n'importe; Trompez-moi, s'il se peut : l'abus m'en sera doux ; Mon cœur même est tout prêt à s'entendre avec vous; Mais faites que ce cœur, dont je ne suis plus maître, Soit si bien abusé, qu'il ne pense pas l'être. J'ai peine à croire encor tout ce que j'ai pu voir.
ISABELLE
Mais quoi donc?
Le marquis caché chez vous ce soir, Enfermé par vous-même.
ISABELLE
On m'avait fait entendre Que vous aviez querelle.
AGANTE.
Ail I c'est mal vous défendre.
Mais le billet rompu, pour le marquis si doux...
ISABELLE
V,.i). iM- <:iyoy. ((uc trop qu'il n'était ([iic pour vous.
Pour moi / N'avez-vous i)as avoué le contraire V
43G COMÉDIES DU XVJP SIECLJ.
ISABELLE
Doit-ou croire un aveu (fue le dépit fait faire? Croyez plutôt Laurette.
AGANTE.
Hélas! si je la croi, \uus aimez le marquis, vous me manquez de foi.
ISABELLE
Laurette aurait bien pu me trahir de la sorte?