SCÈNE VIII ISABELLE, LAURETTE, AGANTE
LAURETTE
Que me donnerez-vous, pour l'avis que j'apporte?
ISABELLE
Perfide ! te voilà.
AGANTE.
Fourbe !
ISABELLE
Esprit dangereux I
LAURETTE
Est-ce ainsi qu'on reçoit qui vient vous rendre heureux?
ISABEL LE
Toi qui nous a trahis?
LAURETTE
Je n'en fais plus mystère; J'ai fait pour vous brouiller tout ce que j'ai pu faire: Mis le marquis en jeu pour y mieux réussir : Mais qui vous a brouillés veut bien vous éclaircir.
AGANTE.
Tu ne meurs pas de honte !
LAURETTE
Hé! pourquoi, je vous prie?
Est-ce une honte à moi qu'un peu de fourberie? N'est-ce pas mon devoir?
ISABELLE
Ton devoir?
LAURETTE
En effet, (Jue pouvez-vous blâmer en tout ce que j'ai fait? Je n'ai qu'exécuté l'ordre de votre mère. Votre amant, par malheur, avait trop su lui plaire; Sans doute elle avait tort de vous l'oser ravir : Mais c'était ma maîtresse, et j'ai dû la servir.
ISABELLE
Tu n'as point eu pitié du trouble où tu nous jettes?
LAURETTE
Allez, le mal n'est point si grand que vous le faites; L'amour n'est que plus doux après ces démêlés; Et l'on s'en aime mieux, de s'être un peu brouillés.
Tu nous as cependant engagés l'un et l'autre.
LAURETTE
Je viens faire cesser et sa peine et la vôtre : Mais il faut composer pour un avis si doux; J'entends qu'il me remette en grâce auprès de vous.
ISABELLE
Oui; dis.
LAURETTE
J'entends qu'aussi monsieur soit sans colère, Pour notre ami Champagne.
AGANTE.
Oui; quoi qu'il ait pu faire, Si tu veux l'épouser, je lui ferai du bien; Hâte notre bonheur, nous aurons soin du tien; Instruis-nous du succès qui nous rend Tespérance.
LAURETTE
Le vieillard ({ue Champagne avait conduit en France, <Jue ma maîtresse avait fait pratiquer par nous Pour venir assurer la mort de son époux, Pour ses péchés, sans doute, et pour sa honte extrême. Au lieu d'un faux témoin, est son époux lui-même.
ISABELLE
Mon père !
Oui, c'est mon maître; il est fort irritr-
Do l'oubli de madame en sa captivité :
De se faire connaître il a su se défendre,
Exprès pour la confondre, et pour la mieux surprendre
Voire bonheur est sûr par cet heureux retour.
ACANTK.
Nous devons craindre encor mon père ci son amour.
LAUHETTE.
Un amour de vieillard aisément se surnionlt; : Mon maître là-dessus l'a tant comblé de honte, L'a si bien chapitré, qu'au point qu'il est confus. Quand il voudrait vous nuire, il no l'oserait plus. Il faut qu'il tienne enfin sa parole donnée, Et mon maître, au plus tôt, veut voir votre hyménée.
AGANTE.
Se peut-il?
LAUUETTE. '
En transports ne perdez point de temps ; Venez trouver celui qui vous rendra contents ; Il l)nilo de vous voir, et lui-même m'envoie...
ISABELLE
Allons.
AGANTE.
Allons, enfin, voir combler notre joie.