‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 25 sur 208 · Niobe forme ordinairement deux syllabes · texte numérisé non relu

Niobe forme ordinairement deux syllabes

Qui se rend comme un arc dans le large vaisseau; Et les admirateurs de ces beaux lieux humides Se promènent autour sous des voûtes liquides.

ALGIDON.

Quel plaisir, ô bons dieux !

PHALANTE

Loin de là s'aperçoit Un jardin que l'on sent plutôt qu'on ne le voit; Mille grands orangers en égale distance De fruits mêlés de fleurs jettent une abondance : Ils semblent orgueilleux de voir leur beau trésor, Que leurs fleurs sont d'argent, et que leur fruit est d'or, Et pour se distinguer chacun d'eux s'accompagne Ou d'un myrte amoureux, ou d'un jasmin d'Espagne.

ALGIDON.

Que tous ces beaux jardins ont de charmants appas !

PHALANTE

Ensuite est un grand lieu large de mille pas.

Dans les quatre côtés sont vingt grottes humides,

Et l'on voit au milieu le Lac des Danaïdes.

Ses bords sont balustrés, et cent légers bateaux,

Peints de blanc et d'azur voltigent sur les eaux :

Où sans craindre le sort qui mène aux funérailles

Se donnent quelquefois d'innocentes batailles.

Un grand rocher s'élève au milieu de l'étang,

Où les cinquante sœurs faites de marbre blanc

Portent incessamment les peines méritées

D'avoir en leurs maris leurs mains ensanglantées :

Et souffrant un travail qui ne saurait finir.

Semblent incessamment aller et revenir.

Au haut, trois de ces sœurs à cruche renversée,

Font choir trois gros torrents dans la tonne percée :

La tonne répand l'eau par mille trous divers :

Le roc qui la reçoit en a les flancs couverts.

Au bas l'une des sœurs puise à tête courbée,

L'autre montre et se plaint que sa cruche est tombée :

L'une monte chargée, et l'autre qui descend

Sembler aider à sa sœur sur le degré glissant;

L'une est prête à verser, l'autre reprend haleine :

L'œil môme qui les voit prend sa part de leur peine.

L'eau que ce vain travail tourmente tant de fois, Semble accuser des dieux les inég îles lois, Et redire en tombant dune voix gémissante : Pourquoi soulfré-je tant, moi q li suis innocente ? Ce bruit et ce travail charment tant les esprits, Qu'on perd tout souvenir, tant l'on en est épris.

ALCIDON

0 dieux! n'en dites plus, je suis plein de merveilles Vous m'avez en ce lieu charmé par les oreilles.

LYSANDRE

J'entendrais ce récit volontiers tout un jour.

ALCIDON

Je me promène encor dedans ce beau séjour.

Il est vrai, la richesse est une belle chose :

Toute félicité dedans elle est enclose.

Un pauvre n'est qu'un sot. Allez, je vous reçoi :

Venez devers le soir vous présenter à moi.

Je vous donne ma fille, et veux qu'elle vous aime.

Cette offre de vos vœux m'est une gloire extrême.

PHALANTE

Effacez de son cœur quelques impressions, Qui pourraient faire tort à mes affections.

ALCIOON.

Mélisse ferait-elle une faute si grande ? Phalante, il vous suffit, j'en reçois la demande.

Au moins dans ce beau lieu, quand je vous irai voir, J'aurai mon logement ?

PHALANTE

Vous aurez tout pouvoir.

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