‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 39 sur 208 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

FILIDAN, AMIDOR, ALGIDON, LYSANDRE, MÉLISSE, HESPÉRIE, SESTIANE.

FILIDAN.

C'est se moquer de moi : faites-moi voir cet or, Cet azur, ce coral, cet aimable trésor.

AMIDOR.

Il parle d'un objet qu'il adore en idée, Et sur mon seul discours cette amour est fondée. C'est un fantasque objet que ma Muse a produit : En vain ce pauvre amant le cherche et le poursuit.

FILIDAN.

Il ne m'importe donc, mon âme en est ravie. Je te veux, belle idée, aimer toute ma vie.

ALGIDON.

0 Dieux ! quelle folie !

LYSANDRE

11 est fort satisfait. Courage, c'en est un dont vous vcfilà défait.

ALGIDON.

Mais c'est là ce savant.

LYSANDRE

Hé quoi ! c'est mon poète.

Pour lui je vais bientôt trouver une défaite. Et vous, grand Apollon, que cherchez-vous ici ?

AMIDOR.

Je viens rendre, Alcidon, votre esprit éclairci. Tantôt étant troublé d'une surprise grande, D'une de ces beautés j'ai tenté la demande; Ne sachant que vous dire en cet étonnement . Puis un faiseur de vers feint toujours d'être amant, Mais, pour dire le vrai, nulle amoureuse flamme Depuis que je suis né n'est entrée en mon âme. D'Hélicon seulement j'aime le noble val, Et l'eau fille du pied de l'emplumé cheval : J'aime les bois, les prés, et les grottes obscures. J'aime la poésie, et ses doctes figures.

Dans mon commencement, en l'avril de mes jours, La riche métaphore occupa mes amours :

Puis j'aimai l'antithèse au sortir de l'école : Maintenant je me meurs pour la haute hyperbole : C'est le grand ornement des magnifiques vers : C'est elle qui sans peine embrasse l'univers; Au ciel en un moment on la voit élancée; C'est elle qui remplit la bouche et la pensée. O ma chère hyperbole, hyperbole, mon cœur, C'est toi qui d'Atropos me rendra le vainqueur.

LYSANDRE

Vous voir bien satisfait c'est ce qui nous contente. Mais en voici quelqu' autre.

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