SCENE VIII
LYSANDRE, ALGIDON, PHALANTE, FILIDAN, AMIDOR, MÉLISSE, HESPÉRIE, SESTIANE.
ALCIDON
Ah ! bons dieux, c'est Phalante, Celui dont la richesse est sans comparaison. Surtout je suis épris de sa belle maison. Mélisse à son bonheur aurait l'esprit contraire Ne trouvant point en lui de quoi se satisfaire.
LYSANDRE
Au récit de ses biens je m'en vais l'engager;
Et l'humeur de Mélisse en pourrait bien changer.
A Phalante.
Pour passer avec vous l'accord du mariage. Il faut voir votre père avant que l'on s'engage.
PHALANTE
Il est mort, et ma mère.
LYSANDRE
0 Dieux ! quelle douceur !
Déjà do tous ces biens vous êtes possesseur.
PHALANTE
Non, de biens j'en ai peu, mes oncles m'entretiennent.
Ceux à qui tous ces biens maintenant appartiennent, N'ont point doncques d'enfants ? et vous en héritez ?
PHA.LANTE.
D'enfants? ils en ont tous en quelques quantités ; Mais ils sont tous malsains, les uns sont pulmoniques, Les autres catharreux, les autres hydropiques; Ils ont la mine au moins de tomber en ces maux : Puis à quoi sont sujets les mortels animaux ? Il ne faut qu'un malheur, une peste, une guerre, Pour mettre en un moment tous ces parents par terre : Alors me voilà riche; et ne savez-vous pas Qu'on voit en peu de jours tant de têtes à bas ?
LYSANDRE
Ce sont là vos trésors ? c'est là cette abondance?
ALGIDON.
La mort de vos parents est donc votre espérance ?
PHALANTE
Gela peut arriver de moment en moment.
LYSANDRE
Et je m'étais promis un si beau logement Dedans cette maison où je pensais m'ébattre. Mais donc qui la possède ?
PHALANTE
Elle appartient à quatre.
LYSANDRE
N'ont- ils point de lignée ?
PHALANTE
Ils ont tous des enfants.
Adieu, belle maison, et beaux arcs triomphants, Adieu, cours, anticours, adieu, belle avenue, Vous, fontaines, adieu, qui touchiez à la nue, Adieu lambris dorés, adieu meubles divers. Logements des étés, logements des hivers, Adieu cet ordre égal de colonnes doriques.
Adieu
Adieu larges canaux, beaux jardins ravissants. Adieu ce riche parc qui nous charmait les sens, Adieu belle Niobe, adieu voûtes liquides,
Adieu beaux orangers, adieu les Danaïdes : Beau lieu de qui l'espoir nous avait réjouis, Vos miracles soudain se sont évanouis.
ALGIDON.
Nous vous remercions, ô riche imaginaire,
De Phonneur excessif qu'il vous plaisait nous faire.
PHALANTE
Avec mes biens d'espoir je me ris des malheurs.
LYSANDRE
Vous en pouvez jouir sans craindre les voleurs.
ALGIDON.
Mais je crains celui-ci.
LYSANDRE
Quoi ? c'est mon capitaine.
Je connais sa valeur, n'en soyez pas en peine.