‹ Comédies du 17è siècle. Avec une introd., des notices et des notesChapitre 44 sur 208 · SCÈNE II LYDIE, ÉRASTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II LYDIE, ÉRASTE

LYDIE, à p.irt.

Pauvre Éroxéne, hélas! quelle âme impitoyable Ne serait pas sensible à ta peine incroyable?

A Éraste.

Je vous cherchais, Éraste.

Et j'étais en souci En quel lieu je pourrais te rencontrer aussi, Toi qui, brillant rayon du soleil qui m'éclaire, Toi qui, de notre amour lidèle secrétaire, Toi qui, l'appui...

LYDIE

Tout beau, je ne me puis flatter De vaines qualités que vous m'allez ôter.

ÉRASTE

Ne m'apportes-tu pas une heureuse nouvelle ?

LYDIE

Très mauvaise, au contraire, et pour vous et pour elle. Et pour qui comme moi prend part en vos ennuis.

ÉRASTE

Quelle encor?

LYDIE

Éroxène...

ÉRASTE

Achève.

LYDIE

Je ne puis.

Te taire est un surcroit à ma mélancolie. Parle donc: Éroxène...

LYDIE

Est promise à Lélie.

ÉRASTE

Ah! quel coup plus mortel pouvais-je recevoir?

LYDIE

Ce n*est pas tout.

ÉRASTE

Quoi donc?

LYDIE

Ils épousent ce soir :

Ainsi les courts moments qui restent à votre aide, Vous privant de conseil, vous privent de remède.

ÉRASTE

0 fatale nouvelle, et funeste à mes vœux 1

Je n'en redoutais qu'une, et tu m'en apprends deux.

LYDIE

Une troisième suit.

ÉRASTE

Poursuis donc et m'achève; C'est trop longtemps languir : je ne veux plus de trêve, Et de tous ces efforts ma constance est à bout.

LYDIE

Pour chercher du remède, il vous faut dire tout ; Son oncle se doutant de notre confidence, M'a fait aujourd'hui môme une expresse défense De plus sortir, vous voir, ni vous parler jamais.

ÉRASTE

Que le ciel sur mon chef éclate désormais! Quelque ardent et mortel que son foudre puisse être, Un fruit de ma ruine est qu'il ne peut l'accroître.

LYDIE

Puisqu'il vous faut tout dire, et d'un cœur confident, Vous avez à combattre un quatrième accident.

KRASTE.

Après qu'à tant d'ennuis ma mort est impossible, Frappe, accable, poursuis: je ne suis plus sensible.

LYDIE

Vous avez d'Éroxône excité le courroux.

lÎRASTE.

D'Éroxène, Lydie!

LYDIE

Elle se plaint de vous.

C'est à ce dernier coup qu'il faut que je succombe, Que le nuage crève, et que le foudre tombe.

LYDIE

Vous dissimulez bienl le cœur vous reviendra, Et ce n'est pas encor le coup qui vous tûra. A des yeux clairvoyants la feinte est inutile; Certains bruits en un mot s'épandent par la ville, Et non sans fondement et sans quelque raison, Qui vous rendent suspect...

ÉRASTE

De quoi?

LYDIE

De trahison, Ou, pour mieux en parler, d'nmour pour Aurélie, Au mépris de la foi dont le serment vous lie. Son frère, qui vous suit inséparablement, Semble être à ce soupçon un juste fondement.

ÉRASTE

Juste ciel!

LYDIE

Et l'amour règne, s'il le faut dire, Dans les yeux d' Aurélie, avecque tant d'empire, Qu'outre les cruautés et les meurtres secrets Que ce tyran commet, avecque leurs attraits, Dans les plus résolus et plus fermes courages, L'inconstance peut bien être un de ses ouvrages, Et pourrait bien avoir à des charmes si doux Acquis l'autorité qu'une autre avait sur vous : C'est sur ce fondement...

ÉRASTE

Éroxène, Lydie,

A pu me soupçonner de cette perfidie?

Moi, traître!

Il veut sortir.

LYDIE, le retenant.

Où courez-vous?

ÉUASTE.

Ne retiens pas mes pas; Je vais la détromper.

LYDIE

Comment?

Par mon trépas.

Mais, perdant la clarté, j'emporterai la gloire...

LYDIE

Le mal n'est pas si grand que je vous l'ai fait croire.

Cette peur était plus mon soupçon que le sien;

Ne vous on troublez point : nous l'en guérirons bien.

Le fréquent entretien de vous et de Lélie

Me faisait redouter le pouvoir d'Aurélie;

Mais je vois qu'il n'a point altéré votre amour.

ÉRASTE

Je t'en eusse éclaircie en me privant du jour, Et ma mort t'eût fait voir qu'il n'est pas nécessaire D'être amant de la sœur pour être ami du frère; Tu saurais, si l'amour avait pu t'enflammer, Qael tort fait un reproche à qui sait bien aimer; Cruelle, tu saurais si pour causer ma peine L'amour puise des traits hors des yeux d'Éroxène, Et si les miens enfin conservant la clarté, L'usage leur en plaît que pour voir sa beauté.

LYDIE

Au besoin qui la presse elle implore votre aide, Et vous mande le mal pour chercher le remède. Vous lui ferez bien mieux paraître votre amour. Détournant cet hymen que vous privant du jour.

ÉRASTE

Dis-lui qu'où de l'esprit l'adresse sera vaine...

LYDIE

Eh bien?

Celle du bras la tirera de peine;

Que je vais de ce fer, s'il ne me satisfait, Dans le cœur de Lélie effacer son portrait, L'arracher de son sein, et de cet infidèle Immoler à l'amour l'amitié criminelle.

LYDIE

Ne vous emportez pas jusqu'à ce dernier point; Les hommes coûtent cher, ne les prodiguons point.

Elle sort.

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