SCÈNE V Les Mêmes, ANSELME, ORGIE, ÉROXÉNE
ANSELME
Votre mère s'avance et vous vient recevoir; Saluez-la, ma fille.
ÉROXÉNE.
Agréable devoir I
CONSTANCE, l'erabrassant.
Ma fille 1 ah ! quelle aimable et douce violence M'interdit la parole et m'oblige au silence!
ÉROXÉNE.
Ma mùrel ce cher nom est tout mon compliment! Mon sang veut parler seul en ce doux mouvement!
ANSELME
Je cache en vain mes pleurs; par un tendre caprice, De la douleur la joie emprunte ici l'office : Vous, hier Aurélie, Éroxéne aujourd'hui.
Reconnaissez votre oncle, et possédez chez lui Ce que vous ont laissé ceux dont vous tenez l'être.
AURÉLIE, à Orgie,
Je préfère à tous biens celui de le connaître.
ORGIE
(îet heur est réciproque entre les vrais parents, Et je recouvre en vous plus que je ne vous rends; Une autre a trop longtemps votre place occupée.
LYDIE, à part.
La bote ne mord plus lorsqu'elle est attrapée.
ANSELME
Il reste une faveur que j'implore de vous ;
Qu'un généreux oubli forçant votre courroux, De ce crime obligeant Lydie obtienne grâce.
ORGIE
La recevant de vous, il faut que je la fasse; Je veux tout oublier, encor qu'à mes dépens.
LYDIE, paraissant et se jetant à ses pieds.
Je la viens recevoir et faire en même temps, Vous protestant aussi d'oublier ces caresses Dont je n'ai pas raison de vanter les tendresses, Qui ne procédaient point d'un violent amour, Et dont le dos enfin me cuira plus d'un jour.
A Éroxène.
Vous*, madame, apprenez une heureuse nouvelle : Éraste...
ÉROXÈNE.
Ah! m'oses-tu nommer cet infidèle?
LYDIE
Écoutez, entre nous, ce qu'Ergaste m'a dit.
GONSTANGE.
J'ose à jnon tour. Orgie, hasarder mon crédit.
ORGIE
Usez de mon pouvoir avec toute franchise.
GONSTANGE.
Je demande une grâce.
ORGIE
Elle vous est acquise.
GONSTANGE.
Elle l'est en effet, puisque plus de deux ans Ont déjà vu durer l'iïymen que je prétends, De la vraie Éroxène, ou la fausse Aurélie, Que Lélie épousa sous le nom de Sophie; Hymen qui, traversé par une courte erreur, Qui semait parmi nous la tristesse et Phorrcur, Ne nous inspirait plus que des pensers funèbres.
Oh ! combien ce beau jour dissipe de ténèbres 1
ORGIE
Cet heur est le plus grand qu'elle ait pu s'acquérir, Et nous honore trop pour nale pas chérir.
GONSTANGE, à-Anselme.
Et vous, pour couronner cette heureuse journée,
D'Érgaste et d'Aurélie agréez l'hyménée, Puisque j'ai de Lydie appris leur passion.
ANSELME
Vous prévenez mon sens et mon intention.
CONSTANCE
Mon inclination suivra toujours la vôtre :
Ergaste par mon ordre amène l'un et l'autre,
Et, pour les mieux surprendre et charmer leur souci,
Ne leur a point conté ce qui se passe ici.