‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 102 sur 207 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

D. JAPHET, D. ALVARE, RODRIGUE, LÉONORE, D. ALPHONSE, MARINE, MARC ANTOINE, FOUCARAL, Plusieurs

Domestiques.

D. JAPHET , à don Alvare.

De quoi diable sert-il à votre Commandeur ?

D. ALVARE

C'est son grand harangueur.

D. JAPHET

Oh ! le plaisant office 1 Et vous qui me parlez, quel est votre exercice?

D. ALVARE

Je suis son grand veneur,

D. JAPHET

Et tous ces grands fous-là ?

D. ALVARE

Ce sont ses officiers;

Le beau train que voilà I Et votre Commandeur reçoit. ainsi son monde, Et ne veut pas chez lui que personne réponde?

D. ALVARE

Il vous honore fort.

D. JAPHET

Je m'en suis aperçu :

Mais l'empereur saura comment on m'a reçu, Et si l'on traite ainsi les hommes de mérite. Reçoit-on bien un homme, alors que l'on le quitte, Et qu'on lui met en tête un maudit harangueur, Qui m'aurait à la fin fait mourir de langueur ? J'en écrirai deux mots à l'illustre duc d'Alve,

On tire un coup d'arquebuse contre son oreille.

Son parent et le mien... Bon Dieu !

D. ALVARE

C'est une salve, Pour bien vous régaler.

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d. jàphet:

Ah ! ma foi ! je suis sourd ; . Ce grand bruit a percé ma pauvre tête à jour : Nièce du Commandeur, autrefois villageoise, Et maintenant grand'dame, et dame discourtoise, Est-ce de guet-apens, ou bien par cas fortuit, Que Ton m'a voulu perdre à force de grand bruit ? De cent sots compliments, sans y compter le voire, Contre moi décochés, entassés l'un sur l'autre, N'était-ce pas assez pour me faire enrager, Sans qu'un chien d'harangueur me vînt aussi charger De son hem, de sa toux, de sa reniflerie ?

Et pourquoi, sur le tout, cette mousqueterie ? A moi, de l'arme à feu l'ennemi capital !

Rendez-moi donc réponse, ange ou démon fatal.

Léonore fait semblant de parler, et ne fait qu'ouvrir la bouche sans prononcer»

Parlez haut, parlez haut, sans tant mâcher à vide. Oh ! que l'amour devient à mon goût insipide! Je ne vous entends point. Me parlez-vous, ou non ? Elle me parle; hélas 1 je suis sourd tout de bon ! Elle vient de parler, c'est moi qui n'entends goutte ; Le cousin de César est assourdi sans doute.

A mon âge, messieurs, n'est-ce pas grand'pitié, De m'avoir rendu sourd sous ombre d'amitié ?

Parlez bien haut, messieurs, de grâce, à la pareille ; Vérifions un peu ma surdité d'oreille.

Tous font semblant de parler, et ne font qu'ouvrir la bouche sans prononcer.

Hélas ! on s'égosille, et je n'entends non plus Que si l'on me voulait emprunter mes écus.

Maudit amour ! maudit Orgas ! maudit voyage ! Maudite Léonore ! et maudit son visage !

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