‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 125 sur 207 · D. ALVARE, ELVIRE, PEDRO · texte numérisé non relu

D. ALVARE, ELVIRE, PEDRO

PEDRO

Ah ! seigneur don Alvare, un horrible malheur Aujourd'hui nous prépare une histoire tragique.

Quoi donc, seigneur Pedro ?

PEDRO

Ce fou mélancolique Avait un secrétaire en habit d'écolier; Ce n'en était pas un, c'était un cavalier, Éperdument épris d'amour pour Léonore. .

D. ALVARE

Elle l'aime ?

PEDRO

Elle Taime, et même elle l'adore :

Ce bienheureux amant, dans sa chambre introduit, Où vraisemblablement, il a passé la nuit, Fait bien voir qu'elle l'aime, et qu'elle en est aimée.

D. ALVARE

Et comment l'a-t-on su ?

PEDRO

Sa chambre mal fermée Les a laissé surprendre à notre Commandeur; Soit qu'il fût averti, soit que le seul malheur Ait conduit notre maître à voir son infamie, Lorsqu'il pensait trouver une nièce endormie. Il ne s'est point troublé, le téméraire amant ; Aux cris du Commandeur, nos gens en un moment Sont venus bien armés au secours de leur maître. L'autre valet du fou, camarade peut-être De ce jeune écolier, s'est mis à son côté; Et lui, sans s'effrayer de l'inégalité, •

A fait tout ce qu'eût fait le plus brave des hommes : Oui jamais il ne fut, en la terre où nous sommes, De plus vaillant que lui; c'est un Roland, un Cid : Il a blessé nos gens, du plus grand au petit : Notre Commandeur même est blessé dans lepaule. Enfin, on a saisi cet Amadis de Gaule, Et sous son jupon noir qui le décréditait, Non sans étonnement on a vu qu'il portait Un riche vêtement, non d'un homme ordinaire, Mais bien d'un grand seigneur, soit disant secrétaire. Quoique pris, on l'a vu conserver sa fierté, Comme un jeune lion dans les fers arrêté.

Madame Léonore en sa chambre est pâmée, Où notre Commandeur l'a lui-même enfermée.

ELVIRE

Quel étrange malheur I

PEDRO

Je crois que le voicL

Il sort.

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