‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 126 sur 207 · D ALPHONSE, LE COMMANDEUR, ELVIRE, D.ALVARE, RODRIGUE · texte numérisé non relu

D ALPHONSE, LE COMMANDEUR, ELVIRE, D.ALVARE, RODRIGUE

D. ALPHONSE, en hahit de cavalier, et Hé,

Quand jo devrais mourir...

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 241

Tu dois mourir aussi.

D. ALPHONSE

J'en aurais fait mourir avant ma mort bien d'autres, A moins d'être accablé du grand nombre des vôtres.

LE COMMANDEUR

Exécrable assassin ! •

D. ALPHONSE

Mon crime est mon amour ; Je serai trop heureux quand je perdrai le jour.

LE COMMANDEUR

Tu n'es qu'un imposteur.

D. ALPHONSE

Je suis un misérable.

LE COMMANDEUR

Et mon infâme nièce...

D. ALPHONSE

Est un ange adorable.

LE COMMANDEUR

Ah ! je la punirai ; je le dois, je le puis.

D. ALPHONSE

Oses-tu sans respect parler d'elle où je suis ?

Si je n'étais lié, ta bouche criminelle

Ne hasarderait pas des blasphèmes contre elle.

Méchant, tu l'as séduite; et ta condition Est chose supposée, et pure invention.

D. ALPHONSE

Il est vrai, Commandeur, j'ai ta nièce séduite; Nous devions elle et moi demain prendre la fuite. Je l'adore, elle m'aime, et m'a donné sa main: Que n'exécutes-tu ton arrêt inhumain ?

Sa bouche, d'un soupir, rendra ma mort heureuse : C'est là l'ambition de mon âme amoureuse.

Simon trépas lui coûte une larme, un soupir, Je mourrai de l'amour le glorieux martyr.

LE COMMANDEUR

Je te ferai mourir au milieu des supplices.

242 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

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D. ALPHONSE

Les plus cruels tourments me seront des délices, Puisqu'ils me serviront vers elle à mériter.

LE COMMANDEUR

Dis ton nom, scélérat 1 ou je te vais planter Ce poignard dans le sein.

D. ALPHONSE

C'est toute mon envie :

Si je perds Léonore, ai-je affaire de vie ?

Délivre-moi le bras, donne-moi ton poignard, Tu me verras percer mon cœur de part en part. Tu veux savoir mon nom ! je le saurais bien taire. Au bien de mon amour s'il était nécessaire, Pour la peur de cent morts je ne le dirais pas : Un amant comme moi ne craint point le trépas; Mais pour justifier ma flamme, il le faut dire: Je m'appelle Henriquez ; voilà ma sœur Elvire, Et ma mère est ici malade; et moi je suis Prêt de te satisfaire autant que je le puis.

Si ce que je te dis t'irrite davantage, Exerce dessus moi ton poignard et ta rage.

ELVIRE

Ah ! mon frère I 1

D. ALPHONSE

Ah ! ma sœur, laisse-moi donc parler.

Au Commandeur.

Que délibère-t-on? Je suis tout prêt d'aller Pour réparer ma faute épouser Léonore, Ou bien perdre le jour, que sans elle j'abhorre ; Et je répète encor que je bénis mon sort, Si mon ange visible a regret à ma mort.

LE COMMANDEUR

Le valet de Japhet étant un don Alphonse, Vous délier moi-même est toute ma réponse, Vous priant d'oublier tout ce qui s'est passé.

D. ALPHONSE

C'est à vous d'oublier, vous êtes l'offensé.

t. La reconnaissance a lieu un peu tard. Scarron devait être distrait en écrivant cette scène.

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LE COMMANDEUR

J'espère qu'entre nous finira la querelle, Vous donnant Léonore, et mon bien avec elle.

D. ALPHONSE

C'est m'élever au trône en me tirant des fers, Et me porter au ciel au sortir des enfers.

LE COMMANDEUR, à Rodrigue.

Que l'on aille quérir ma nièce.

Rodrigue sort.

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