‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 13 sur 207 · SCÈNE PREMIÈRE PHALANTE, MÉLISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE PHALANTE, MÉLISSE

PHALANTE

Rigoureuse Mélisse, à qui réservez-vous

Ce cœur si plein d'orgueil, si rempli de courroux?

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 23

MÉLISSE

Phalante, à nul de ceux que l'on voit sur la terre.

PHALANTE

Voulez-vous à Pamour toujours faire la guerre ?

MÉLISSE

Non, mais quand je verrais le plus beau des humains, Il ne peut en m' aimant avoir que des dédains,

PHALANTE

D'où vous vient cette humeur?

MÉLISSE

Je veux bien vous l'apprendre.

Après ce que j'ai lu de ce grand Alexandre, Ce dieu de la valeur, vainqueur de l'univers, Qui dans si peu de temps fit tant d'exploits divers, Beau, courtois, libéral, adroit, savant et sage, Qui trouva tout danger moindre que son courage; Qui borna son empire où commence le jour, Je ne puis rien trouver digne de mon amour. C'est lui dont le mérite a captivé mon âme, C'est lui pour qui je sens une amoureuse flamme, Et doit-on s'étonner si ce puissant vainqueur Ayant dompté la terre, a su dompter mon cœur?

PHALANTE

Mais c'est une chimère où votre amour se fonde : Car que vous sert d'aimer ce qui n'est-plus au monda?

MÉLISSE

Nommer une chimère un héros indompté?

O Dieux! puis- je souffrir cette témérité?

PHALANTE

Mélisse mon désir, n'entrez pas en colère, >

Mais au moins dites-moi, comment se peut- il faire ; D'aimer un inconnu, que vous ne pouvez voir, Et dont se peut l'idée à peine concevoir?

MÉLISSE.-

Appeler inconnu, celui de qui l'histoire A décrit les beaux faits tout rayonnants de gloire, ; De qui la renommée épandue en tous lieux- Couvre toute la terre, et s ? étend jusqu'aux cieux ? Ce manque de raison n'est pas compréhensible. '

PHALANTE. ..,•'

Mais j'appelle inconnu- ce- qai itfést* pas visible. • - -' -'■*

MÉLISSE

Je le connais assez, je le vois tous les jours, Je lui rends mes devoirs, et lui dis mes amours.

phàlante.

Quoi? vous parlez à^luiî

MÉLISSE

Je parle à son image, Qui garde tous les traits de son charmant visage.

PHALANTE

Une image à mon gré ne charme point les yeux.

mélisse.

Toutefois en image on adore les dieux.

PHALANTE

Où Pavez-vous trouvée?

MÉLISSE

Un tome de Plutarque M'a fourni le portrait de ce divin monarque.

Et pour le mieux chérir je le porte en mon sein.

PHALANTE

Quittez, belle, quittez cet étrange dessein.

Ce vaillant Alexandre, agréable Mélisse,

N'a plus aucun pouvoir de vous rendre service.

Quoi? pour mon serviteur voudrais-je un si grand roi?

De qui tout Punivers a révéré la loi ?

Phàlante, il était né pour commander au monde.

PHALANTE

Vous aimez d'une amour qui n'a point de seconde. Mais vous feriez bien mieux de choisir un amant Qui pourrait en effet vous chérir constamment; Un homme comme moi, dont Pextréme richesse Peut de mille plaisirs combler votre jeunesse.

MÉLISSE

Pensez-vous par ce charme abuser mes esprits ? Quittez ce vain espoir, j'ai vos biens à mépris. Osez-vous comparer quelque pauvre héritage, Quelque champ malheureux qui vous vint en partage, Aux trésors infinis de ce grand conquérant?

Qui prodiguait les biens du pays odorant, De la Perse, et de l'Inde, et souvent à des princes Comme présents légers a donné des provinces?

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PHALANTE

Maïs où sont ces trésors ? les avez-vous ici?

MÉLI88E

Comme il les méprisait, je les méprise aussi.

PHALANTE

Je perds ici le temps, elle est préoccupée Par cette folle amour dont sa tête est frappée. Je vais voir ses parents, ils me recevront mieux : Mes grands biens me rendront agréable à leurs yeux. De la guérir sans eux je n'ose l'entreprendre. Adieu jusqu'au revoir, l'amante d'Alexandre,

Adieu, mortel chétif, qui t'oses comparer A ce vaillant héros qatfct dois adorer.

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