PAQUIER, GAREAU, LA TREMBLAYE, GRANGER LE JEUNE, GENEVOTE, MANON
CORBINELI, à Oranger.
Toutes choses sont prêtes; faites seulement apporter un siège et vous y colloquez, car vous avez à paraître pendant toute la pièce.
PAQUIER, à ChaiteauforU
Pour vous, ô seigneur de vaste étendue, plongez-vous
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dans celle-ci; mais gardez d'ébouler sur la compagnie, car nos reins ne sont pas à l'épreuve des pierres, des montagnes, des tours, des rochers, des butes, et des châteaux.
GRANGER
Çà donc, que chacun s'habille. Hé quoi, je ne vois point de préparatifs? Où sont donc les masques des satyres? les chapelets et les barbes d'her mites? les trousses des cupidons ? les flambeaux poiraisins des furies ? Je ne vois rien de tout cela.
GENEVOTE.
Notre action n'a pas besoin de toutes ces simagrées. Comme ce n'est pas une fixion, nous n'y mêlons rien de feint ; nous ne changeons point d'habit ; cette place nous servira de théâtre; et vous verrez toutefois que la comédie n'en sera pas moins divertissante.
GRANGER
: Je conduis la ficelle de mes désirs, au niveau de votre volonté. Mais déjà le feu des gueux fait place à nos chandelles. Çà, qui de vous le premier estropiera le silence ?
Commencement de la pièce.
GENEVOTE.
Enfin qu'est devenu mon serviteur?
GRANGER LE JEUNE
Il est si bien perdu, qu'il ne souhaite pas de se retrouver.
GENEVOTE. *;
Je n'ai point encore su le lieu, ni le temps où commença votre passion.
GRANGER LE JEUNE
Hélas ! ce fut aux Carmes, un jour que vous étiez au sermon.
GRANGER LE PERE, interrompant.
Soleil, mon soleil, qui tous les matins faites rougir, de honte la céleste lanterne, ce fut au môme lieu que vous donnâtes échec et mât à ma pauvre liberté. Yos
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yeux toutefois ne m'égorgèrent pas du premier coup; mais cela provint de ce que je. ne sentais que 'de. loin l'influence porte-trait de votre rayonnant visage; car ma rechignante destinée m'avait colloque superficiellement à l*ourlet de la sphère de votre activité.
Je pense, ma foi, que vous êtes fou de les interrompre; ne voyez-vous pas bien que tout cela est de leur personnage?
GRANGER LE JEUNE
Toutes les espèces de votre- beauté vinrent en -gros assiéger ma raison ; mais il ne me fut pas possible de haïr mes ennemis, après que je les eus considérés, -.
GRANGER LE PÈRE, interrompant.
Allons, ma nimphelette, il est vergogneux aux filles de colloquiser diu et privatim avec tout vert jouvenceau. Encore si c'était avec moi, ma barbe jure de ma sagesse, mais avec un petit cajoleur î
CORBINELI.
Que diable, laissez les parler si vous voulez, ou bien nous donnerons votre rôle, à quelqu'un qui s'en acquittera mieux que vous.
GENEVOTE, à Granger le jeune.
> Je m'étonne donc que vous ne travaillez. plus courageusement aux moyens de posséder une chose pour qui vous avez tant de passion. . •
GRANGER LE JEUNE
Mademoiselle, tout ce qui dépend d'un bras plus fort que le mien, je le souhaite et ne le promets pas. Mais au moins suis-je assuré de vous faire paraître mon amour par mon combat, si je ne puis vous témoigner ma bonne fortune par ma victoire. Je me suis jeté aujourd'hui plusieurs fois aux genoux de mon père, le conjurant d'avoir pitié des maux que je souffre ; et je m'en vais savoir de mon valet s'il lui a dit la, résolution que j'avais prise de lui désobéir, car je l'en avais chargé. Viença, Paquier, as-tu dit à mon père que j'étais résolu, malgré son commandement, de passer outre ? >
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PAQUIERé
Corbineli, souffle-moi.
CORBINELI, tout bas.
Non, monsieur, je ne m'en suis pas souvenu
PAQUIER.
Non, monsieur, je ne m'en suis pas souvenu.
GRANGER LE JEUNE
Ah, maraud, ton sang me vengera de ta perfidie.
Il tire fépée sur lui.
CORBINELI.
Fuis-t-en donc, de peur qu'il ne te frappe.
PAQUIER.
Cela est-il de mon rôle ?
CORBINELI.
Oui.
PAQUIER.
Fuis-t-en donc, de peur qu'il ne te frappe.
GRANGER LE JEUNE
Je sais qu'à moins d'une couronne sur la tête, je ne saurais seconder votre mérite.
Les rois, pour être rois, ne cessent pas d'être hommes.; pensez-vous que...
GRANGER LE PÈRE, interrompant.
En effet, les mêmes appétits qui agitent un ciron, agitent un éléphant ; ce qui nous pousse à battre ua support de marmite, fait à un roi détruire une province ; l'ambition allume une querelle entre deux comédiens; la même ambition allume une guerre entre deux potentats. Ils veulent de même que nous, mais ils peuvent plus que nous.
CORBINELI.
Ma foi je vous enchaînerai.
GRANGER LE JEUNE
* On croira.
GENEVOTE.
Suffise qu'on croie toutes choses à votre avantage. À quoi bon me faire tant de protestations d'une amitié
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doDt je ne doute pas? Il vaudrait bien mieux être pendu au cou de votre père, et à force de larmes et de prières, arracher son consentement pour notre mariage.
ORANGER LE JEUNE
Allons-y donc. Monsieur, je viens vous conjurer d'avoir pitié de moi, etc..
Et moi, vous témoigner l'envie que j'ai de vous faire bientôt grand-père.
GRANGER
Comment, grand-père ? Je veux bien tirer une propagation de petits individus ; mais j'en veux être cause prochaine, et non pas cause éloignée.**
GORBINELI.
Ne vous tairez-vous pas ?
GRANGER
Cœur bas et ravalé, n'as-tu point de honte de consumer l'avril de tes jours à cajoler une fille ?
GORBINELI.
Ne voyez-vous pas que Tordre de la pièce demande qu'ils disent tout cela î
GRANGER
Ils n'ont pas assez de bien Pun pour l'autre; je ne souffrirai jamais..»
GENEVOTE.
Non, non, monsieur, je suis d'une condition qui vous défend d'appréhender la pauvreté. Je souhaiterais seulement que vous eussiez vu une terre que nous avons à huit lieues d'ici. La solitude agréable des bois, le vert émaillé des prairies, le murmure des fontaines, l'harmonie des oiseaux, tout cela repeinturerait de noir votre poil déjà blanc.
PAQUIER.
Mademoiselle, ne passez pas outre, voilà tout ce qu'il faut à Chariot. Il ne saurait mourir de faim, s'il a ded bois, des prés, des oise.aux, et des fontaines ; car les arbres lui serviront à se guérir du mal des mouches ; les
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prés lui fourniront de quoi paître, et les oiseaux prendront le soin de siffler quand il boira à la fontaine.
GRAKGER.
Ah ! sirénique «larronnesse des cœurs ! Je vois Lien que vous guettez ma raison an coin d'un bois-, que vous la voulez égorger sur le pré ; ou bien l'ayant submergée à la fontaine, la donner à manger aux oiseaux.
GRANGER LE JEUNE.-
Je suis venu...
PAQUIER.
J'ai vu, j'ai vaincu, dit César, au retour des Gaules.
t GRANGER. LE JEUNE.
Vous conjurer...
PAQUIER.
Dieu vous fasse bien, monsieur l'exhorciste, mon maître n'est pas démoniaque.
GRANGER LE JEUNE
Par les services que je vous ai faits...
PAQUIER.
Et par celui des morts, qu'il voudrait bien vous avoir fait faire.
GRANGER LE JEUNE
De reprendre la vie que vous m'avez prêtée.
Il était bien fou de vous prêter une chose dont on n'a jamais assez. * ;
GRANGER LE JEUNE
Prenez ce poignard, (il tire un poignard.) Père dénaturé,' faites deux homicides par un meurtre, écrivez le destin de ma maîtresse avec mon sang, et ne permettez pas que la moitié d'un si beau couple expira de... Mais à quoi bon tant de discours ? Frappez, qu'attendezvous! -
CORBÏNEXÏ.
/Répondez donc 5 si vous voulez. Qu'est-ce? êtes- vous trépassé? -'■'"'
* ' :■-- ; GRANGER
Ah! que tu viens de m'arractier une belle pensée. Je
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rêvais quelle est la plus belle figure de l'antithèse ou de l'interrogation.
GORBINELI.
Ce n'est pas cela dont il est question.
GRANGSR.
Et je ruminais encore à ces spéculateurs qui tant de fois ont fait faire à leurs rêveries le plongeon dans la mer, pour découvrir l'origine de son flux et de son reflux; mais pas un à mon goût n'a frappé dans la visière Ces raisons salées me semblent si fades, que je conclus qu'infailliblement...
GORBINELI.
Ce n'est pas de ces matièresrlà, vous dit-on, dont il est question. Nous parlons de marier mademoiselle et votre fils, et vous nous embarquez sur la mer.
GRANGER
Quoi, parlez-vous de mariage avec cet houbereau ? Etes-vous orbe de la faculté intellectuelle ? Étes-vous hétéroclite d'entendement? Ou le microcosme parfait d'une continuité de chimères abstractives.
GORBINELI.
A force de représenter une fable, laprenez-vous pour une vente? Ce que vous avez inventé vous fait-il peur? Ne voyez-vous pas que l'ordre de la pièce veut que vous donniez votre. consentement? Et toi, Paauier surtout maintenant garde-toi bien de parler, ÏTpiÏÏÏÏ un muet que tu représentes. Là donc, dépêchez-von* d'accorder votre fils à mademoiselle ; mariée
GRANGER
Gomment marier, c'est une comédie?
CORBINELI.
Hé bien, ne savez-vous pas que la conclusion d'un poème comique est toujours un mariage ? US10n a un
GRANGER
Oui, mais comment serait-ce ici la fin, il n'v a nas encore uu acte de fait. ' y a pas
GORBINELI.
Nous avons uni tous les cinq en un, de peur de confusion; cela s'appelle pièce à la polonaise;
GRANGER
Ah bon, comme cela je te permets de prendre mademoiselle pour légitime épouse.
GENEVOTE.
Vous plait-il de signer les articles? voilà le notaire tout prêt.
GRANGER
Sic ita sane, très volontiers.
Il signe.
PAQUIER.
J'enrage d'être muet, car je l'avertirais.
Fin d^la comédie.
CORBINELI.
Tu peux parler maintenant, il n'y a plus de danger.
GRANGER
Hé bien, mademoiselle, que dites-vous de notre comédie?
GENEVOTE.
Elle est belle, mais apprenez qu'elle est de celles qui durent autant que la vie. Nous vous en avons tantôt fait le récit comme d'une histoire arrivée, mais elle devait arriver. Au reste vous n'avez pas sujet de vous plaindre, car vous nous avez marié vous-même, vousmême vous avez signé les articles du contrat. Accusezvous seulement d'avoir enseigné le premier à fourber. Vous fîtes accroire aux parents de votre fils qu'il était fou, quand vous vîtes qu'il ne voulait point entendre au voyage de Venise; cette insigne fausseté lui montra le chemin de celle-ci; il crut qu'il ne pouvait faillir en imitant un si bon père.
CORBINELI.
Enfin, c'est une pilule qu'il vous faut avaler.
LA TREMBLAYE
Vous l'avalerez, ou par la mort...
GAREAU
Ah ! par ma fy je sommes logé à l'ensaigne de J'en tenom. Parmanda j'en avouas queuque soûleur, que cette
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petite ravodière-là l'y grimoneret queuque trogédie. Hé bian ne vêla pas notre putain de ménagère tonte revenue? Feu la paure défunte, devant Guieu set son ame da, m'en baillit eun jour d'eune belle vredée. Par ma fiquette, ol me boutit à Cornûaille en tout bian et tout honneur, Stapandant la bonne chienne qu'ol estet... Aga hé ! ods estes don de ces saintes sucrées -là ? Bonnefy je le voyas bien, qu'ous aviais le nez torné à la friandise. Or, un jour qu'il plut tant ; Jacquelaine, ce l'y fis-je tout en gaussant, il fait cette nuit clair de l'eune, il fera demain clair de l'autre. Enfin, tanquia, qu'odon, ne nonobstant, après, ça, ô dame éclaircissezmoi à dire : tanquia que je m'en revenis tout épouvanté tintamarrer à nostre huis. A la par fin je me couchis tout fin nu auprès de notre bonne femme. Un tantet après que je me f ussis rabougri tout en un petit tapon, je sentis queuque chose qui groûillet. Jacquelaine, ce l'y fis-je, je pense qu'il y a là queuqu'un couché. Oûy, ce me fit-elle, je t'en réponds, et que guiante y auret-il? Eune bonne escousse après, je sacoute encore frétiller. Han, Jacquelaine, il y a là queuqu'un. J'allongis ma main, je tàtis. Hoûay! ce fis-je, eune tête, deux têtes; pis frougonant entre les draps, deux jambes, quatre jambes : Han! Jacquelaine, il y a là queuqu'un. Hé ! Piarre, que tu es fou, ce me fit- elle, tu comptes mes jambes deux foûas. Parguene je ne me contentis point, je me levis; dame, je découvris le pot aux roses. Ho ! ho! vilaine, ce l'y fis-je, qu'est-ce que ça?Fi/i Davil Ton Ribaut sera é tripe. Vr amant Jean, ce me fit-elle, gardet-en bian : c'est ce paure maître Louis le Barbier, qui venet de saigner eun malade de tout là-bas ; il estet tout iede de fred, et avet encore bian du vilain chemin à passer. Il m'exhorsisoit d'allumer du feu; dame comme tu sais le bois est char; je lui ai dit qu'il se venit plutôt réchauffer environ moi; il ne feset que de s'y bouter quand tu es venu. Allons, allons, ce l'y fis-je, maître Louis, on vous appranra de venir coucher avec les femmes des gens. Dame, îe ne fus ni fou, ni étourdi, je le claquis bel et bian sur mes épaules, et le portis jusqu'à moitié chemin de sa maison, mais n'y revenez pas eune autre foûas, car parguene s'il vous arrive, je vous por-
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terai encore une escousse aussi loin. Et bian regardez, il ne faut queun malheur. Cette petite dévargondée m'en eût peut-être fait autant. C'est pourquoi bon jour et bon soir, c'est pour deux foûas.
GORBINELI.
C'est maintenant à vous, monsieur, pour combler la félicité de ces nouveaux mariés, d'augmenter leur revenu de celui d'un empire. Il vous sera bien aisé, puisque vous faites chanceler la couronne d'un monarque en le regardant.
CHASTEAUFORT
Je donne assez, quand je n'ôte rien; et je leur ai fait beaucoup de bien, de ne leur avoir point fait de mal*
ORANGER LE JEUNE
Mon petit cœur, il est fort tard, allons nous mettre au lit.
PAQUIER.
Je n'ai donc plus qu'à faire venir la sage-femme, car vous aller entrer en travail d'enfant.
LA TREMBLAYE
Je n'oserais quasi prendre la hardiesse de vous consoler.
ORANGER
N'en prenez pas la peine, je me consolerai bien moimême. temporale mores!