PHILIPPE QUINAULT
Les peuples heureux n'ont pas d'histoire, dit-on communément. Certains écrivains, et Quinault est de ce nombre, se trouvent parfois dans le même cas. La vie de l'auteur à'Astrate, roi de Tyr, s'écoula douce et paisible. Boileau, dont il est peut-être la plus célèbre victime, s'acharna après lui dans les Satires et le Lutrin. Quinault, homme d'un naturel pacifique, le laissa dire. Il ne s'en porta pas plus mal, connut la célébrité, et eut part aux bonnes grâces de la cour.
Philippe Quinault naquit à Paris en 1635. Son père, Thomas Quinault, que Furetière dit être un boulanger, était du Midi. Ménage et Perrault prétendent que le poète appartenait, au contraire, à la bonne bourgeoisie. La chose a peu d'importance. Tout jeune, Quinault entra dans la maison du poète Tristan l'Hermite, lequel était gentilhomme ordinaire de Gaston d'Orléans. Il débuta, en 1653, par la comédie des Rivales, donnée à l'Hôtel de Bourgogne; et l'année suivante, il fit encore représenter trois autres comédies. En 1656, il se lança dans la tragédie avec la Mort de Cyrus et Cambyse. Cinq autres ouvrages suivirent avec des fortunes diverses. Astrate, une tragédie, fut, en 1663, le premier grand succès de Quinault.
Quinault, qui avait fait d'excellentes études classiques, se fit recevoir avocat. Le 29 avril 1660, il épousait Louise Goujon, veuve de son ami Jacques Bonnet. Madame Quinault était riche. D'Olivet, dans son Histoire de l'Académie, lui accorde plus de cent mille écus de dot. Le bonheur rend quelquefois
les écrivains féconds. En 1664, Quinault donna son chef-d'œuvre comique, la Mère coquette. C'est celle de ses pièces qui a le plus longtemps occupé le répertoire. Avec les tragédies de Bellérophon et de Pausanîas, il dit adieu à l'Hôtel de Bourgogne. En 1670, il entra à l'Académie française en remplacement du président Salomon. Cet homme du monde, doux, aimable et bon confrère, aimait fort les honneurs. Nous le voyons successivement valet de chambre du roi, membre de l'Académie des médailles. Le 48 septembre 1671, il est reçu auditeur à la chambre des comptes. L'année d'après, Lulli, qui vient d'obtenir du roi le privilège de l'Académie de Musique, en fait son collaborateur attitré. Quinault écrit successivement quatorze opéras dont les plus célèbres sont : Alceste (1674), Atys (1676), Phaéton (1683), Arrmde (4686). Ce dernier fut le plus éclatant de ses succès. Quinault avait eu l'honneur d'être, dans Psyché (1671), le collaborateur de Corneille et de Molière. Il mourut un an après Lulli, en 1688, et fut inhumé dans l'église de Saint- Louis-en-1'Ile. Il avait de Louis XIV deux mille livres de pension annuelle. Chacun de ses opéras lui rapporta quatre mille livres. Aussi, après Racine, Quinault fut-il l'homme de lettres le plus riche de son temps.
On a pourtant de lui de coquets et jolis vers où il se plaint de n'être pas assez riche pour doter ses cinq filles :
C'est avec peu de bien un terrible devoir De se sentir pressé d'être cinq fois beau-père.
Quoi ! cinq actes devant notaire
Pour cinq filles qu'il faut pourvoir I
O Ciel ! peu f -on jamais avoir
Opéra plus fâcheux à faire ?
Quinault a laissé trente pièces. Voltaire, malgré Boilean, en faisait le plus grand cas. Il a compté aussi parmi ses admirateurs Pellisson et D'Olivet. M. Geruzez l'estime, et M.Charles Monselet a rapproché son nom de ceux de Marmontel et de Jouy. Enfin, en 1882, M. Victor Fournel a réédité son Théâtre choisi.
PERSONNAGES
LAURETTE, servante d'Ismène.
CHAMPAGNE, valet de chambre d'Acante.
ACANTE, amant d'Isabelle.
LE MARQUIS, cousin d'Acante.
CRÉMANTE, père d'Acante.
ISABELLE, fille d'Ismène.
ISMÈNE, mère d'Isabelle.