LE PAGE, LE MARQUIS, LAURETTE
LE MARQUIS, prenant an manteau gris des mains de son page.
Donnez, page.
LE PAGE
Monsieur.
LE MARQUIS
Ma calèche est là -bas ?
LE PAGE
Oui, monsieur.
Écoutez. La nuit étant venue, Qu'on la tienne à l'écart vers le bout de la rue, Et de dire où je suis qu'on sache se garder.
Page.
LE PAGE
Monsieur.
LE MARQUIS
En cas qu'on me vînt demander, Qu'on dise (et que surtout mon suisse s'en souvienne) Qu'on ne croit pas, ce soir, que chez moi je revienne ; Que j'ai dit que j'irais coucher peut-être ailleurs ; Et si l'on demande où, dites chez les Baigneurs, Page, et cela d'un ton... vous m'entendez bien, page? Non; il suffit; allez.
LAURETTE
Quel est cet équipage?
Pourquoi s'envelopper de ce grand manteau gris ?
LE MARQUIS
Ah ! si de ce manteau tu savais tout le prix...
LAURETTE
Quel prix ?
LE MARQUIS
C'est, quoique simple et d'étoffe commune, Un manteau de mystère et de bonne fortune :
Manteau, pour un galant, utile en cent façons ;
Manteau propre, surtout, à donner des soupçons; Et c'est assez qu'Acante en cet état me voie, Pour lui persuader tout ce qu'on veut qu'il croie. Mais par quelque artifice il serait donc besoin De l'attirer ici?
LAURBTTE.
Champagne en prendra soin; C'est un valet zélé, mais à tromper facile, Et dupe d'autant plus, qu'il se tient fort habile ; Et qui croit, m'attraper, lors même qu'il me sert, Bien mieux que s'il était avec moi de concert. Son faible est, de l'humeur dont je l'ai su connaître, De se faire de fête en faveur de son maître; Il cherche à lui conter toujours quelque secret, Et le trahit souvent 1 par un zèle indiscret; Il prétend qu'il n'est rien que je ne lui confie ; Et j'ai pris soin qu'il sût ce que je veux qu'il die. J'ai feint de craindre fort que son maître en sût rien, Exprès... Voyez, monsieur, si je le connais bien.
LE MARQUIS
Entrons : l'occasion ne peut être meilleure.
Ils entrent dans la chambre d'Isabelle.