‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 197 sur 207 · ISMENE, ACANTE, LAURETTE · texte numérisé non relu

ISMENE, ACANTE, LAURETTE

CHAMPAGNE

ISMÈNE

Craignez-vous ma présence ?

ACANTE

La peur d'être importun me faisait détourner.

ISMÈNE

Vous ne sauriez, monsieur, jamais importuner ;

Des soins de mes amis, je me tiens obligée;

Mais on fuit volontiers une veuve affligée:

Car, puisqu'il plaît au ciel, trop contraire à mes vœux,

Mon veuvage à présent n'a plus rien de douteux.

LAURETTE

Monsieur sait tout, madame, et chérit la famille; Il a fait compliment pour vous à votre fille : Vous l'a-t-elle pas dit?

ISMÊNE.

Quel esprit déloyal !

Ma fille, de monsieur, ne m'a dit que du mal; Je n'ai jamais tant vu de colère et de haine, Et ne l'ai même, enfin, fait taire qu'avec peine.

AGANTE.

Elle me fait plaisir : injuste comme elle est, Sa colère m'oblige, et sa haine me plaît; Je me tiens honoré du mépris qu'elle exprime,' Et j'aurais à rougir, si j'avais son estime.

ISMÊNE.

J'ai regret de vous voir tous deux si désunis ; Je vous aimai toujours autant et plus qu'un fils; Le ciel m'en est témoin, et que votre alliance A fait jusques ici ma plus chère espérance.

LAURETTE

Si ces nœuds sont rompus, il en est de plus doux Qui pourraient renouer Palliance entre vous.

Monsieur peut rencontrer dans la même famille De quoi se consoler des mépris de la fille, Et madame, voyant monsieur mal satisfait, Peut réparer le tort que sa fille lui fait.

Vous êtes en état tous deux de mariage.

ISMÊNE.

Laurette, en vérité, vous n'êtes guère sage.

LAURETTE

Sage ou non, croyez-moi tous deux, à cela près: Pour monsieur, j'en réponds, je sais ses vœux secrets. Il souhaite ardemment une union si belle; C'est vous qu'il veut aimer; c'est vous...

ACANTE

Ah, l'infidèle !

ISMÊNE.

Monsieur songe à ma fille et n'y renonce pas.

AGANTE.

Moi, madame, y songer! j'aurais le cœur si bas! De cette lâcheté vous me croiriez capable !

LAURETTE

Non; c'est lui faire tort; cela n'est pas croyable*

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Quoi que lui fasse dire un transport de courroux, Monsieur assurément ne veut songer qu'à vous.

AGANTE.

Madame, il est certain : jamais, je le confesse, L'amour n'a fait aimer avec tant de tendresse ; N'a jamais inspiré, dans le cœur d'un amant, Rien qui fût comparable à mon empressement ; Rien d'égal à l'ardeur pure, vive, fidèle, Dont mon âme charmée adorait Isabelle.

Vous voyez cependant comme j'en suis traité.

ISMÊNE.

La jeunesse, monsieur, n'est que légèreté :

Au sortir de l'enfance une âme est peu capable De la solidité d'un amour raisonnable ; Un cœur n'est pas encore assez fait à seize ans, Et le grand art d'aimer veut un peu plus de temps. C'est après les erreurs où la jeunesse engage, Vers trente ans, c'est-à-dire, environ à mon âge, Lorsqu'on est de retour des vains amusements Qui détournent l'esprit des vrais attachemeuts : C'est alors qu'on peut faire un choix en assurance, Et c'est là proprement l'âge de la constance. Un esprit jusque-là n'est pas bien arrêté, Et les cœurs, pour aimer, ont leur maturité.

AGANTE.

Mais, madame, après tout, qui l'eût cru d'Isabelle? Isabelle inconstante I Isabelle infidèle !

Isabelle perfide, et sans se soucier...

ISMÈNE

Quoi 1 toujours Isabelle !

AGANTE.

Ah ! c'est pour l'oublier.

Et je veux, s'il se peut, dans mon dépit extrême, Arracher de mon cœur jusques à son nom même, Je veux n'y laisser rien de ce qui me fut doux. Grâce au ciel, c'en est fait.

LAURETTE

C'est fort bien fait à vous.

, AGANTE.

J'en fa,is jug*, madame, et veux bien qu'elle die .

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 419

S'il est rien de si noir de cette perfidie :

Après tant de serments, et si tendrement faits, De nous aimer toujours, de ne changer jamais, Isabelle aujourd'hui, cette même Isabelle...

Madame, pbligez-moi, ne me parlez plus d'elle.

C'est vous qui m'en parlez.

AGANTE.

Ce sont tous ces endroits, Où l'ingrate a promis de m'aimer tant de fois : Ces lieux témoins des nœuds dont son cœur se dégage, De qui l'objet encor m'en rappelle l'image ; Et pour marquer l'ardeur que j'ai d'y renoncer, Je ne Veux plus rien voir qui m'y fasse penser. Tout me parle ici d'elle; il vaut mieux que jelsorte.

LAURETTE, arrêtant Acante qui veut passer par la chambre

d'Ismène.

Par où donc allez-vous?

AGANTE.

Je ne sais; mais n'importe; Par le petit degré l'on descend aussi bien.

ISMÈNE

Ma fille est là-dedans.

AGANTE.

Àh ! je m'en ressouvien :

H n'est pas, en effet, à propos que j'y passe : Sans vous je l'oubliais et vous m'ayez fait grâce.

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