‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 20 sur 207 · SCÈNE PREMIÈRE ! FILIDAN, ARTABAZE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ! FILIDAN, ARTABAZE

FILIDAN.

Quand te pqurrai-je voir, ô beauté que j'adore ? Hélas ! que ce désir me pique et me dévore !

ARTABAZE.

Pauvre homme, je t'entends sans cesse soupirer. Tu ne fais que te plaindre et te désespérer.

Je suis l'effroi de ceux qui semblent redoutables, Mais sache que je suis l'espoir des misérables. Est-ce quelque tyran qui triomphe de toi?

Et qui te fait servir sous son injuste loi ?

Jupiter dans les cieux peut garder son tonnerre : Je dompte ces marauds et j'en purge la terre. Est-ce quelque brigand qui t'emporte ton bien? Quelque part qu'il se cache, il ne lui sert de rien, J'escalade les monts, je descends aux abîmes, Il n'est point contre moi d'asile pour les crimes.

FILIDAN.

Ce. n'est point ma douleur.

ARTABAZE.

Quel accident fatal T'a-t-îl fait exiler de ton pays natal?

Je veux te redonner la grâce de ton prince, Ou mon juste courroux détruira sa province.

FILIDAN.

Ce n'est point là mon mal, mes ennuis sont plus grands.

ARTABAZE.

Regrettes-tu quelqu'un de tes plus chers parents ? Si c'est qu'après sa mort il te fâche de vivre, Je vais jusqu'aux enfers et je te le délivre.

FILIDAN.

Ma douleur est bien autre, ô merveilleux vainqueur.

ARTABAZE.

Est-ce une maladie?

FILIBAN.

Oui, qui me tient au cœur.

ARTABAZE.

C'est une maladie? ah! qu'elle est attrapée.

J'extermine les maux du vent de mon épée.

Mais il faut en user en diverses façons,

Ou feindre une estocade, ou des estramaçons,

Selon les maux divers. i

Ce pouvoir est étrange.

ARTABAZE.

Quel est donc votre mal ?

FILIDAN.

Mon mal vient d'un mélange D'ébène, d'or, d'argent, d'azur et de coral.

ARTABAZE.

Tout cela pris en poudre a causé votre mal.

N'avait -on point mêlé quelque jus de racine Pour donner le passage à cette médecine?

FILIDAN.

Hélas ! roi des vaillants, vous ne m'entendez pas.

ARTABAZE.

Ce titre me plaît fort.

FILIDAN.

Je suis près du trépas, Pour un philtre amoureux que j'ai pris par l'oreille.

ARTABAZE.

Vraiment vous me contez une étrange merveille.

Un philtre par l'oreille ? -

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 87

FILIDAN.

Écoutez -moi, bons dieux 1 J'entends un doux récit du cor al de deux yeux; De l'azur d'une bouche,

ARTABAZE.

Ah dieux ! il me fait rire.

C'est de l'azur des yeux que vous me voulez dire. Du cor al d'une bouche?

FILIDAN.

Attendez un moment.

C'est doncques l'un ou l'autre.

ARTABAZE.

Ah t vous êtes amant De quelques yeux d'azur, de quelque teint d'ivoire?

FILIDAN.

L'ivoire n'en est pas, si j'ai bonne mémoire. Mais c'est un tel amas de parfaites beautés.

De trésors infinis, de rares qualités, Que je suis, pour les voir, dans un désir extrême.

ARTABA*ZE.

Sans doute il veut parler delà nymphe qui m'aime.

FILIDAN.

Quoi, vous la connaissez?

ARTABAZE.

Ah ! si je la connois !

Cette nymphe m'adore, elle vit sous mes lois.

FILIDAN.

Quelle vive douleur a mon âme saisie?

Fallait-il à mes maux joindre la jalousie?

Ne suffisait-il pas de languir sans la voir?

J'en pourrai bien ranger d'autres sous mon pouvoir ; Je me suis engagé de vous donner remède, J'ai pitié de vos maux, allez, je vous la cède.

FILIDAN.

prince généreux, courtois et libéral, Donc j'obtiendrai par vous cet azur, ce coral? De gloire et de bonheur le ciel vous environne, Que j'embrasse vos pieds.

ARTABAZE.

Allez, je vous la donne* .

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