‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 206 sur 207 · GANTE · texte numérisé non relu

GANTE

Il me devrait bien l'être, après l'injuste flamme Qu'un indigne rival a surpris dans votre âme.

ISABELLE

Vous pourriez croire mon cœur si bas, Si lâche...

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 435

AGANTE.

Hé ! quel moyen de ne le croire pas ?

ISABELLE

Il ne fallait avoir pour moi qu'un peu d'estime : Suivez, monsieur, suivez l'ardeur qui vous anime ; Rompez l'attachement dont nous fûmes charmés; Brisez les plus beaux nœuds que l'amour ait formés. Puisqu'il vous plaît, enfin trahissez sans scrupule Ces serments si trompeurs, où je fus si crédule; Portez ailleurs des vœux qui m'ont été si doux; Mais épargnez, au moins, un cœur qui fut à vous ; Un cœur qui, trop content de sa première chaîne, La voit rompre à regret, et n'en sort qu'avec peine; Un cœur trop faible encor, pour qui Pose trahir, Et qui n'était pas fait, enfin, pour vous haïr.

AGANTE.

Vous voulez* m'abuser, en parlant de la sorte : Hé bien, ingrate, hé bien ! abusez-moi, n'importe ; Trompez-moi, s'il se peut : l'abus m'en sera doux; Mon cœur môme est tout prêt à s'entendre avec vous; Mais faites que ce cœur, dont je ne suis plus maître, Soit si bien abusé, qu'il ne pense pas l'être. J'ai peine à croire encor tout ce que j'ai pu voir.

ISABELLE

Mais quoi donc?

Le marquis caché chez vous ce soir, Enfermé par vous-même.

ISABELLE

On m'avait fait entendre Que vous aviez querelle.

AGANTE.

Ahl c'est mal vous défendre.

Mais le billet rompu, pour le marquis si doux...

ISABELLE

Vous ne savez que trop qu'il n'était que pour vous.

.AGANTE.

Pour moi ? N'avez-vous pas avoué le contraire ?

436 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

ISABELLE

Doit-on croire un aveu que le dépit fait faire ? Croyez plutôt Laurette.

ACANTE

Hélas 1 si je la croi, Vous aimez le marquis, vous me manquez de foi.

ISABELLE

Laurette aurait bien pu me trahir de la sorte?

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