‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 207 sur 207 · ISABELLE, LAURETTE, ACANTE · texte numérisé non relu

ISABELLE, LAURETTE, ACANTE

Que me donnerez- vous, pour l'avis que j'apporte?

ISABELLE

Perfide ! te voilà.

ACANTE

Fourbe !

ISABELLE

Esprit dangereux l

LAURETTE

Est-ce ainsi qu'on reçoit qui vient vous rendre heureux ?

ISABELLE

Toi qui nous a trahis?

LAURETTE

Je n'en fais plus mystère ; J'ai fait pour vous brouiller tout ce que j'ai pu faire; Mis le marquis en jeu pour y mieux réussir :

Mais qui vous a brouillés veut bien vous éclaircir..

ACANTE

Tu ne meurs pas de honte !

LAURETTE

Hé! pourquoi, je vous prie?

Est-ce une honte à moi qu'un peu de fourberie ? N'est-ce pas mon devoir?

ISABELLE

Ton devoir?

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 43?

LAURETTB.

En effet, Que pouvez-vous blâmer en tout ce que j'ai fait? Je n'ai qu'exécuté l'ordre de votre mère.

Votre amant, par malheur, avait trop su lui plaire; Sans doute elle avait tort de vous l'oser ravir : Mais c'était ma maîtresse, et j'ai dû la servir.

ISABELLE

Tu n'as point eu pitié du trouble où tu nous jettes?

LAURETTE

Allez, le mal n'est point si grand que vous le faites; L'amour n'est que plus doux après ces démêlés; Et l'on s'en aime mieux, de s'être un peu brouillés.

AGANTE.

Tu nous as cependant engagés l'un et l'autre.

LAURETTE

Je viens faire cesser et sa peine et la vôtre : Mais il faut composer pour un avis si doux; J'entends qu'il me remette en grâce auprès de vous.

ISABELLE

Oui; dis.

LAURETTE

J'entends qu'aussi monsieur soit sans colère, Pour notre ami Champagne.

Oui; quoi qu'il ait pu faire, Si tu veux l'épouser, je lui ferai du bien; Hâte notre bonheur, nous aurons soin du tien; Instruis-nous du succès qui nous rend l'espérance.

LAURETTE

Le vieillard que Champagne avait conduit en France, Que ma maîtresse avait fait pratiquer par nous Pour venir assurer la mort de son époux, Pour ses péchés, sans doute, et pour sa honte extrême, Au lieu d'un faux tétnoin, est son époux lui-même.

ISABELLE

Mon père !

LAURETTE

Oui, c'est mon maître ; il est fort irrité

De l'oubli de madame en sa captivité :

De se faire connaître il a su se défendre, .

Exprès pour la confondre, et pour la mieux surprendre;

Votre bonheur est sûr par cet heureux retour.

AGANTE.

Nous devons craindre encor mon père et son amour.

LAUKETTE.

Un amour de vieillard aisément se surmonte :

Mon maître là-dessus l'a tant comblé de honte, L'a si bien chapitré, qu'au point qu'il est confus, Quand il voudrait vous nuire, il ne l'oserait plus. Il faut qu'il tienne enfin sa parole donnée, Et mon maître, au plus tôt, veut voir votre hyménée.

Se peut-il?

LAURETTK.

En transports ne perdez point de temps ; Venez trouver celui qui vous rendra contents; Il brûle de vous voir, et lui-même m'envoie...

ISABELLE

Allons.

ACANTE

Allons, enfin, voir combler notre joie.

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