STANCES
Doncques, rigoureuse Cassandre, Tes yeux entre-doux et hagards, Par l'optique de leurs regards Me vont pulvériser en cendre.- Toutefois parmi ces ardeurs, Tes hétéroclites froideurs Causent une antipéristase :
Ainsi mourant, ne mourant pas, Je me sens ravir en extase Entre la vie et le trépas.
Mon cœur devint pusillanime Au prime aspect de ta beauté, Et ta scythique cruauté Rendit mon esprit cacochime; Tantôt dans l'Euripe amoureux Je me crois le plus malheureux Des individus sublunaires :
Tantôt je me crois transporté Aux espaces imaginaires D'une excentrique volupté.
i. L'emploi en est fréquent dans le théâtre de ce temps, chez Corneille notamment.
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Aussi ton humeur apocryphe Fait que Ton te nomme en ce temps Des hypocondres inconstants .
Le véritable hiéroglyphe.
. Les grotesques illusions Des fanatiques visions Te prennent pour leur hypothèse, Et dedans mes calamités Je n'attends que la syndérôse De tes froides neutralités.
Autrement la métamorphose De mon bonheur en tant de maux, Fait que l'espoir de mes travaux N'est plus qu'en la métempsycose.
La catastrophe d'un amant Ne trouve point de sentiment Dans ton àme paralytique :
Faut-il, lunatique beauté, Que tu sois le pôle antartique De l'amoureuse humanité ?
Chante donc la palinodie, Cher paradoxe de m<ss sens, Et des symptômes que je sens, Débrouille l'encyclopédie.
Ainsi les célestes brandons Versent sur ton chef mille dons En lignes perpendiculaires; Et devant ton terme fatal, Cent révolutions solaires Eclairent sur mon vertical.
PHALANTE
Ahl que je suis ravi, quelle Muse admirable !
Que vous semble du style ?
PHALANGE
Il est incomparable.
Mais mon étonnement est sur ces visions, Cette humeur apocryphe, et ces illusions,
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Dont ces vers sont remplis, qui me font croire encore Qu'on les a faits exprès pour celle que j'adore.
AMIDOR.
Elle est donc lunatique ?
PHALANTE
Elle a l'esprit gâté D'un amour d'Alexandre.
AMIDOR.
Akl quelle absurdité t Quoi du grand Alexandre? elle est <taaû chimérique? Voilà ce que produit la lecture historique»
Et celle des romans dans les jeunes esprits, Qui de phantômes vains sentent leurs cœurs épris, Alors que fraîchement ils ont lu quelque histoire : Cette humeur changera.
PHALANTE
Je le pourrais bien croire :
Et môme ces beaux vers ont des charmes puissants Pour lui bien reprocher qu'elle a perdu le sens.
Donc, au lieu de ces mots : « Rigoureuse Cassandre, » Mettez au premier vers : « Amante d'Alexandre. » Ce trait la piquera.
PHALANTE
L'avis est excellent.
J'admire cet esprit.
AMIDOR.
C'est là notre talent.
PHALANTE
Je la pourrais bien vaincre à force de largesses,
Si les biens lui plaisaient, j'ai de grandes richesses :
Mais ce charme est plus propre à gagner ses parents.
En voici, ce me semble, un des plus apparents :
Il m'a promis secours, je vois Alcidon même.
AMIDOR.
Je m'en vais cependant méditer un poème.
Ces vers valent cent francs, à vingt francs le couplet.
PHALANTE
Allez, je vous promets un habit tout complet.
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