‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 3 sur 207 · DESMARESTS DE SAINT-SORLIN · texte numérisé non relu

DESMARESTS DE SAINT-SORLIN

Ce bizarre rimeur, qui fit par accident un joli madrigal et une intéressante comédie, naquit à Paris l'an 1595. Jean Des Marests, ou plutôt Desmarests, seigneur de Saint-Sorlin, descendait de ce fameux Jehan Desmarests, avocat-général au parlement de Paris, qui fut injustement décapité en 1383. Au sortir des écoles, notre Desmarests, se sentant quelque facilité, se mit en tète d'écrire. En 1632, il débula par le lourd roman de Y Ariane; puis s'étant poussé dans l'amitié de Faret et de Bois- Robert, Desmarests devint l'un des premiers membres de l'Académie. Il fut même le premier chancelier de cette assemblée, aux temps fabuleux où Serizay en était le directeur et l'aimable Gonrart le secrétaire.

Présenté à Richelieu, Desmarests plut au cardinal-ministre, qui reconnut peut-être en lui, du premier coup, un rimeur infatigable mais incapable d'atteindre à une grande renommée littéraire. L'Académie le nomma membre de la commission chargée d'examiner Le Cid. En 1636, à la prière du cardinal, Desmarests composa la comédie dAspasie, qui fut jouée devant le duc de Parme. La satisfaction de Richelieu, -- il n'était vraiment pas difficile I — se traduisit par la commande annuelle d'une comédie. Bien mieux, le premier ministre gratifia son poète préféré de hautes fonctions administratives. En effet, Desmarests fut successivement nommé conseiller du roi, contrôleur général de l'Extraordinaire des Guerres et secrétaire-général de la Marine du Levant. Il occupa ces diverses charges jusque vers 1662, époque où il se jeta, tête baissée, dans la bigoterie.

Les tragi-comédies de Scipion et de Roxane confirmèrent la médiocrité de Desmarests. Mais en 1640, il composa cette curieuse comédie des Visionnaires, pièce bien rimée pour le

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temps, amusante par ses caractères, et qui fournit plus tard à Molière l'ébauche de Vadius et de Trissotin. Pelisson en fait grand cas ; et de nos jours, ce jugement a été ratifié. M. Geruzez, lui-même, reconnaît que cette « caricature » est amusante. Voltaire affirme qu'elle passa même pour un chef-d'œuvre. En 1641, Desmarests collabora à la Guirlande de Julie. Le madrigal de la violette est de lui :

Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe, Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour ; Mais si sur vostre front je me puis voir un jour, La plus humble des Fleurs sera la plus superbe*

Tel est le véritable texte de ce quatrain célèbre qui, aujourd'hui, avec les Visionnaires, défend le pauvre Desmarests de Saint- Sorlin, non pas aux yeux de la postérité, mais devant l'histoire littéraire de notre pays, dont il est l'une des figures les plus grimaçantes et les plus bizarres.

Cette même année 4641, il donna au public la fameuse tragicomédie de Mirante, écrite en collaboration avec Richelieu. La pièce, qui mettait en scène les amours d'Anne d'Autriche et de Buckingham, fut représentée au théâtre de la grand'salle du Palais-Cardinal. Richelieu avait dépensé deux ou trois cent mille écus en frais d'installation. Deux autres pièces, Erigone (1642) et Europe (1643), suivirent de près Mirame; mais avec si peu de succès que Desmarests finit par renoncer au théâtre. La mort de son maître lui facilita l'accomplissement de cette résolution, héroïque à coup sûr chez un écrivain aussi intempérant.

Sur le coup de cinquante ans, l'auteur de Mirame, l'ami de Faret, de Boisrobert, de Desbarreaux et de tant d'autres beaux esprits, viveurs et libertins, se trouva pris en plein dans la nasse de la dévotion. En 1645, il met en vers Y Office de la vierge Marie et publie un volume de Prières en prose. En 1654 paraît le poème épique de Clovis, l'une des plus indigestes épopées dont les lettres françaises aient gardé le souvenir, et qui valut à son auteur une bonne place dans le cortège des victimes de Boileau. Clovis, déclaré « ennuyeux à mort » par Boileau, tombe à plat ; mais la dévotion de Desmarests continue. Elle prend bientôt les allures d'une véritable folie. De 1666 à 1668, l'étrange rimeur publie quatre pamphlets en réponse « aux insolentes apologies des religieuses de Port-Royal et aux lettres et libelles de la fausse église des Jansénistes. » Exaspéré par le mauvais succès de ses livres, Desmarests se fait « prophète. » Il déclare avoir la clef de l'Apocalypse et annonce une armée de 144,000 hommes qui, sous la conduite

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de Louis XIV, rétablira la vraie religion (!) Nicole le foudroie de ses Lettres visionnaires. Enfin, en 1673, Desmarests s'avise d'autre chose. Dans son Traité des poètes grecs et latins, il attaque Homère et Virgile, et allume cette fameuse querelle des Anciens et des Modernes, qui se continuera plus tard entre Boileauet Perrault, et sera réveillée par Fontenelle et La Motte. Sa dernière bizarrerie consista à croire que Dieu lui-même lui avait dicté les derniers chants de Clovis. Il mourut le 28 octobre 1676.

On peut consulter sur Desmarests de Saint-Sorlin le Dictionnaire de Bayle, VHistoire de l'Académie de Polisson, etc. Le catalogue de ses œuvres, dressé par d'Olivet, contient quarante numéros.

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