‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 32 sur 207 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ARTABAZE, AUCIDON.

ARTABAZE.

Bonhomme, approchez-vous, venez me rendre hommage,

ALGIDON.

Valeureux fils de Mars, et sa vivante image, J'adore avec respect votre illustre grandeur, Et de vos faits guerriers j'admire la splendeur.

ARTABAZE.

Il me gagne le cœur, l'humilité me charme :

C'est ce qui m'adoucit, c'est ce qui me désarme. Vous avez une fille?

ALGTDON.

Oui, guerrier, j'en ai trois.

ARTABAZE.

J'eusse été, s'il m'eût plu, le gendre de cent rois,

Je veux vous combler d'heur, il m'en prend fantaisie,

En dussent tous ces rois crever de jalousie.

ALGIDON.

De deux filles que j'ai, si l'on m'a bien instruit, Vous en poursuivez l'une, et l'autre vous poursuit.

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 69

ARTABAZE.

Quoi? j'en poursuis quelqu'une? Ah! quelle rêverie !

ALCIDON

N'êtes-vous pas amant de ma fille Hespérie ?

ARTABAZE.

Quelle est cette Hespérie? odieux! cette beauté Se mêle d'attenter à cette vanité?

Vanité téméraire, et digne de supplice, Qu'à peine souffrirais-je en une impératrice. Moi que mille beautés pourchassent à l'envi; Qui suis d'elles partout à toute heure suivi; Qui "u'ai qu'à regarder celle qui me peut plaire, Pour dire, allez c'est vous que je veux satisfaire . Entre autres la constance, et l'ardente amitié D'une qui me poursuit, vous ferait bien pitié, Qui me nomme son Tout, et son cher Alexandre.

C'est ma fille.

ARTABAZE.

Il est vrai, l'on vient de me l'apprendre.

Certes, elle ne cède à nulle de ces lieux, Et peut bien mériter un regard de mes yeux :

Mais jugez de combien elle s'était trompée :

Ayant su les païs conquis par mon épée ; Ayant ouï parler de mes faits glorieux, Qui m'ont de l'univers rendu victorieux, Son esprit se bornait à ne pouvoir comprendre Sinon qu'elle voyait un second Alexandre.

Ce nom me fâchait fort, comme indigne de moi. Car bien qu'il fût vaillant, bien qu'il fût un grand roi, Peut-être au quart du monde il fit jadis la guerre, Et pour moi j'ai conquis tout le rond de la terre.

ALGIDON.

Hé quoi ! je n'ai point lu l'histoire de vos faits : Où vend-on ce beau livre?

ARTABAZE.

Il ne parut jamais.

L'auteur qui me suivit en ce fameux voyage, Avec tous ses écrits périt par un naufrage.

De votre fille enfin j'ai détrompé l'esprit, Qu'on me nomme Artabaze, et qu'elle se méprît

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lie pensa que j'étais Alexandre, u quelque peine à lui faire comprendre, Hait brouillée en son entendement, i fait alors un coup de jugement, er mon amour par un beau stratagème, sur-le-champ une colère extrême :

ose bien passer jusqu'au mépris :

n réussit, soudain j'en suis épris : lui fait présent de sa noble franchise, qui me suit, j'aime qui me méprise, irait plus haut porter l'ambition ■ renvier sur ma présomption :

■ait généreux, et d'un hardi courage :

r ce sujet je l'aime davantage, oire qu'un jour il naîtra de nous deux îs grands guerriers et des plus hasardeux, fera voir sur la terre et sur l'onde : successeur à l'empire du monde.

AETABAZE,

Je le suis en pouvoir.

A.LCIDON.

îc devant vous être dans son devoir.

AETABAZE.

ous, ces respects ne sont que tyrannies, nuse pas à ces cérémonies.

ALGIDON.

iez donc avoir en cette qualité nbre de suivants.

ARTABAZB.

Ce n'est que vanité, aies états ma suite est occupée, me suffit, suivi de mon êpée.

ALCIDON

'erez faveur si vous me racontez

mx maintenant que vous avez domptés.

torts ou captifs tous ces rois et ces princes?

AETABAZE.

ir ai fait grâce, ils sont dans leurs provinces :

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Mais ils sont seulement déchus de leurs honneurs: Car au lieu d'être rois, ce sont des gouverneurs,

ALCIDON

Quel temps avez-vous mis à conquérir la terre î

ARTÀBAZE.

En un mois à peu près j'achevai cette guerre.

Je pris, s'il m'en souvient, l'Europe en quatre jours;

Et sans de ma victoire interrompre le cours,

Je fis voile en Asie, et passant le Bosphore

En six jours je domptai les peuples de l'Aurore :

En deux jours je revins de ces lieux reculés.

Je passi la mer Rouge, et les sablons brûlés,

Puis en moins de huit jours je pris toute l'Afrique.

De là passant les flots de la mer Atlantique

Je conquis les climats de nouveau découverts,

Et fus au bout du mois maître de l'univers.

ALCIDON

O dieux ! que la valeur est chose merveilleuse î Quelle vertu peut être à ce point glorieuse ? Elle porte partout l'épouvante et la mort, Tout fléchit sous ses lois, tout cède à son effort , Elle donne ou ravit et les biens et la vie, Et rend sous son pouvoir toute chose asservie.

ARTABAZE.

Il est vrai, la valeur est la haute vertu

Par qui rien n'est si grand qui ne soit abattu.

ALCIDON

D'elle nous vient la paix, d'elle vient la richesse,

D'elle vient la grandeur, d'elle vient la noblesse :

C'est l'appui du pays, le lustre des maisons,

Elle est utile enfin pour cent mille raisons.

Je tiens à grand honneur de vous avoir pour gendre.

A peine à cette gloire eussé-je osé prétendre.

ARTABAZE.

Je vous veux rendre heureux.

ALCIDON

O l'excès de bonté Qui part de la grandeur de votre Majesté !

ARTABAZE.

Vous savez plaire aux grands.

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

ALCIDON

Vous voyez ma demeure,

ez vous y rendre au plus tard dans une heure. is voir ma fille, afin de l'avertir beaux habits elle doit se vêtir.

lit assez en l'habit ordinaire,

:ur qu'elle craigne une humeur sanguinaire, de carnage, et de meurtre, et d'horreur, fiers regards donnent de la terreur.

ALCIDON

un peu cette mine hautaine.

ARTABAZE.

adieu , bon homme.

ALCIDON

Adieu, grand capitaine.

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