SCÈNE Y
tYSÀNDRE, SESTIANE, ALCIDON, HESPÉRIE, MÉLISSE.
Venez, belle parente, on vous veut marier.
SESTIANE.
Pour moL n'en parlons point: mais je viens vous prier Si l'une de mes sœurs aujourd'hui se marie, Au moins après. souper ayons la comédie.
Sans en avoir le soin, laissez-la moi choisir, J'en sais une nouvelle où vous prendrez plaisir.
Pour moi, je prévois bien, si l'on n'y remédie Que ces noces pourront finir en comédie.
Mais je veux dès ce soir, vous marier aussi.
SESTIANE.
U ne faut point pour moi vous mettre en ce souci.
Je ne veux de ma vie entrer en mariage,
Ne pouvant pas porter les soucis d'un ménage.
Puis je rencontrerais quelque bizarre humeur,
Qui dedans la maison ferait une rumeur
Quand je voudrais aller à quelque comédie :
Pour moi qui ne veux pas que Ton me contredie,
Quand il le défendrait, je dirais : je le veux;
Et s'il donnait un coup, j'en pourrais rendre deux.
Si Ton doit se trouver en quelques assemblées,
Aussitôt des maris lesltêtes sont troublées :
Ils pensent que c'est là que se voit le galant ;
Que se donne l'œillade, et le poulet coulant :
Les pièces que Ton joue en ces nuits bienheureuses
Ne parlant que d'amour, leur semblent dangereuses :
Pensez -vous, disent-ils, qu'on vous veuille souffrir
A dormir tout le jour, et la nuit à courir ?
Mais leur plus grand dépit est facile à connaître,
C'est que dedans ces lieux ils n'oseraient paraître :
Car on dit aussitôt : Voyez-vous le jaloux ?
Il suit partout sa femme; et comme à des hiboux
Qui des gentils oiseaux sont la haine et la crainte,
Chacun veut de son bec leur donner une atteinte.
Je ne veux point, mon père, épouser un censeur*
Puisque vous me souffrez recevoir la douceur,
Des plaisirs innocents que le théâtre apporte,
Prendrais -je le hasard de vivre d'autre sorte ?
Puis on a des enfants qui vous sont sur les bras :
Les mener au théâtre, ô dieux ! quel embarras !
Tantôt couche, ou grossesse, ou quelque maladie
Pour jamais vous font dire adieu la comédie :
Je ne suis pas si sotte; aussi je vous promets
Pour toutes ces raisons d'être fille à jamais.
A voir comme elle parle, un homme bien habile Aurait peine à la vaincre.
ALGIDON.
O mon choix inutile De ces rares partis qu'il faut congédier, Si pas une à présent ne veut se marier, Naguères je croyais n'avoir trop que d'un gendre ; Mais, bons dieux ! maintenant j'en ai quatre à revendre. Mes filles, est-ce là le respect qui m'est dû ?
COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 81
Je vois déjà venir un gendre prétendu.
Prenez garde, Alcidon, c'est l'amant, ce me semble.
ALCIDON
Que lui pourrai- je dire? ah ! tout le corps me tremble,