SCÈNE IV LYSANDRE, HESPÉRIE, ALCIDON, MÉLISSE
,, Hé bien, belle Hespérie, Alcidon ce bon père
t. Vous marie aujourd'hui ; c'est de vous qu'il espère
| Un cœur obéissant : vous aurez à choisir.
$. HESPÉRIE
*j Hélas ! je le sais bien, c'est tout mon déplaisir *
;♦ De vrai je puis choisir entre près de cent mille :
S . Mais funeste richesse ! abondance inutile ! ^ Si j'en vais choisir un, quel barbare dessein ?
*•, Je mets à tout le reste un poignard dans le sein.
*' ALCIDON
Vous croyez un peu trop que chacun vous adore.
v HESPÉRIE.
Ah ! quel aveuglement! en doutez- vous encore ?
Voulez-vous publier que je vais faire un choix,
Pour voir combien d'amants vivent dessous mes lois?
Ah I mon père, l'épreuve en serait trop cruelle.
Voudriez-vous à ce point me rendre criminelle ?
Soudain que l'on verrait l'heureux choix de mes yeux,
Ce glorieux amant, ce favori des cieux,
Les autres hors d'espoir, tristes et misérables,
Feraient tout retentir de cris épouvantables :
Les uns se noyeraient aux plus prochaines eaux ;
D'autres iraient chercher le secours des cordeaux :
Les uns se lanceraient du haut des précipices ;
Je verrais devant moi les sanglants sacrifices
Des autres dont la main finirait le malheur:
Et le reste mourrait de sa propre douleur.
Mon âme serait bien en cruauté féconde,
D'exterminer pour un, tout le reste du monde.
ALCIDON
Bons dieux ! quelle folie !
HESPÉRIE
Ah Ipour l'heur d'un amant Voudriez-vous que le reste entrât au monument ?
COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 79
Non, je n'en ferai rien, je n'ai pas ce courage : Je me veux pour jamais priver du mariage.
Est-ce ainsi que l'on suit mon vouloir absolu?
Vous' voyez, Alcidon, ce qu'elle a résolu.
Nous ne lui ferons pas changer de fantaisie.
ALCIDON
Ma douleur, qui s'accroît, rend mon âme saisie. Dieux ! que pour rai -je dire à tous ces amoureux?
HESPÉRIE
Que plutôt que mourir ils vivent malheureux.
ALCIDON
Toujours dans son erreur cette folle s'engage. Mais voici Sestiane, elle sera plus sage.