JEAN DE ROTROU
Jean de Botrou, précurseur de notre grand Corneille, est né à Dreux le 21 août 1609. « On a remarqué, » dit M. Félix Hémon i, « que, jusqu'à la Révolution, la plupart des poètes de valeur sont nés à Éaris ou dans un rayon d'une trentaine de lieues autour de Paris... » C'est le cas de Rotrou, de Régnier, de Corneille, de La Fontaine et de Racine. Notre poète était d'une vieille famille de robe. Son père, Jehan de Rotrou, avait épousé une demoiselle de bonne bourgeoisie, Isabelle Lefacheux. Un des ascendants de l'auteur de Saint-Genest avait été procureur au bailliage ; son grand-père et son grand-oncle remplirent dignement, sous Henri III, les fonctions de maire de Dreux. Après ses premières études, commencées au vieux collège de sa ville natale, le jeune Jean de Rotrou vint à Paris, en 1622, où il fit sa philosophie sous la férule bienveillante de M. de Bréda, celui-là môme qui devint plus tard curé de Saint- André-des- Arcs.
Rotrou se mit à dévorer avec ardeur les œuvres dramatiques de Robert Garnier et d'Alexandre Hardy. Le roman d'Honoré d'Urfé, YAstrée, lui permit de satisfaire son goût pour le romanesque et l'intrigue amoureuse. Sur le désir de son père, il étudia le droit et fut reçu avocat au parlement de Paris ; mais sans renoncer pour cela à un rêve qui lui était cher ; ce rêve était le théâtre. Avant sa vingtième année, il donna à l'hôtel de Bourgogne sa première pièce : ? Hypocondriaque. Une autre suivit bientôt ; c'était la Bague de l'oubli. Dès lors, la vieille scène française eut comme les prémices de l'admirable langue poétique de Corneille. La seconde de ces pièces était une imitation de Lope de Yéga, mais elle annonçait déjà un mer-
1. Théâtre choisi de Rotrou. Édition Laplace et Sanchez, 1863.
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veilleux tempérament. Jeune et vaillant, beau cavalier, Rotrou vit s'ouvrir devant lui les salons de l'hôtel de Rambouillet. Il dut être là fort aimé des femmes et contracter de belles amitiés, car nous avons de lui des dédicaces à la marquise de Pessay, à mesdemoiselles de Longue ville et de Vertus, à la princesse Marie, à madame de Coinbalet, au comte de Soissons. Ce dernier le protégea quelque temps. En 1630, le poète donna la Diane puis les Occasions perdues (163 i). La même année, il dédiait à la reine l'Heureuse constance. Tous ces ouvrages, mêlés de qualités et de défauts, firent quelque bruit. Présenté par le comte de Fiesque à Chapelain, le jeune auteur connut aussi Mairet et Tristan. A ce moment, la passion du jeu et celle de l'amour s'emparèrent de lui. On prétend même que la femme qu'il désigne sous le nom de Sylvie n'était autre qu'une célèbre actrice du Marais, Madeleine Réjart, la même qui fut, par la suite, la maltresse de Molière.
En ce temps-là, il était fort pauvre. Des actes de 1636 et 1637 nous le montrent cédant aux libraires Sommaville et Quinet la propriété de ses quatorze pièces contre une somme de 2250 livres tournois. Il devint même le poète à gages d'une troupe de comédiens, condition dont sa fierté naturelle souffrit beaucoup. Huit comédies naquirent dans cette pénible période de la vie de Rotrou qui va de 1632 à 1635. Laure persécutée, qui date de 1637, fut un succès retentissant. Rotrou eut accès auprès du cardinal de Richelieu, à qui il avait déjà, d'ailleurs, dédié Hercule mourant. On l'enrôla dans la société dite des Cinq auteurs, avec mission de mettre en œuvre les idées de pièces du cardinal. Il travailla donc en compagnie de Colletet, de Roisrobert, de Corneille, de Claude de l'Étoile. Mais quand il sortit de là, Corneille, qui l'appelait son père, avait deviné son génie ; et une pension royale de mille livres ne devait pas tarder à mettre un peu d'ordre dans sa vie. Le 9 juillet 1640, Rotrou se maria à Mantes avec une jeune fille du pays, Marguerite Le Camus. Retiré à Dreux, il donna successivement ces belles œuvres : La Sœur (1645) ; Saint-Genest (1646) ; Don Bernard de Cabrère et Venceslas (1647). C'était la gloire ! Son dernier grand succès fut Cosroès (1649).
Auteur de trente-sept comédies ou tragédies, Rotrou est un des maîtres incontestés de la scène française. Il est, par ordre de mérite, le troisième de nos tragiques ; c'est-à-dire qu'on doit le placer entre Corneille et Racine d'une part, et Crébillon et Voltaire d'autre part. Mais combien est grande la distance qui le sépare de Crébillon I
Rotrou ne fut point de l'Académie.
Ce grand poète mourut comme un héros. En 1650, ayant accepté le poste de lieutenant-civil au siège de Dreux, il ap-
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prend tout à coup, dans un salon de la capitale, que la peste vient d'éclater dans sa ville natale. Dreux est plein de cadavres. Le poète quitte aussitôt Paris, console ses concitoyens, se montre au milieu d'eux, dirige les mesures sanitaires. Le 28 juin 4650, il est emporté par le terrible fléau. Le lendemain, la peste disparaissait de Dreux. Botrou avait été sa dernière victime.
Caffiéri, dans un buste qui est une merveille d'art, a immoralisé les traits de ce grand homme ; et en 1885, la ville de Dreux lui a enfin élevé une statue.
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PERSONNAGES
LÉLIE, amant d'Éroxene, crue Aurélie.
ERdfASTE, amant d' Aurélie, crue Éroxène.
ANSELME, père de Lélie.
ORGIE, oncle d'Éroxene.
AURÉLIE
ÉROXÈNE.
CONSTANCE, mère d* Aurélie,
LYDIE, suivante d' Aurélie, crue Éroxène.
ERGASTE, ralet de Lélie.
GÉRONTE, vieillard.
HORACE, fils de Gérante.