‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 47 sur 207 · ANSELME, ERGASTE · texte numérisé non relu

ANSELME, ERGASTE

ANSELME

En quel endroit, Ergaste, as-tu laissé Lélie ?

Dans sa chambre ; pourquoi ?

ANSELME

Seul ?

Avec Aurélie.

ANSELME

M'étant tu si longtemps, je l'avoue aujourd'hui :

Je suis mal satisfait d' Aurélie et de lui.

Il semble, s'il te faut parler d'une âme ouverte,

Que rachetant sa sœur, il acheta sa perte,

Et que Gonstantinople est un séjour fatal

Où tout bien se corrompt et dégénère en mal.

Si l'étude autrefois Fa mis en quelque estime,

Il semble n'être plus qu'un corps que rien n'anime,

Et son oisiveté semble le mettre au rang

Des objets dépourvus et de vie et de sang.

Il ne saurait trouver, pour son inquiétude,

Dans sa bizarre humeur assez de solitude,

Et l'église, autrefois le premier de ses soins,

Est aujourd'hui le lieu qu'il fréquente le moins.

Le proverbe est certain, et l'épreuve constante, Que l'on sait qui l'on est en sachant qui l'on hante, Et vous plaindre de lui n'est que lui reprocher Qu'avecque les boiteux on apprend à clocher.

Nous venons de Turquie, et dans cette contrée Des plus religieux l'église est ignorée ; C'est un climat de maux, dépourvu de tous biens : Caries turcs, comme on sait, sont fort mauvais chrétiens \ Les livres en ce lieu n'entrent point en commerce ; En aucun art illustre aucun d'eux ne s'exerce, Et l'on y tient quiconque est autre qu'ignorant . Pour catalaméchis, qui sont gens de néant. .

)ui de sa sœur qu'on n'est d'une maîtresse, 1 ne la quitte ; ils se parlent sans cesse, ml, se font signe, et, se moquant de moi, rçoivent pas que je m'en aperçois.

un à gausser librement se dispense; irie est libre et n'est point une offense ; m'en souviens, on appelle en ces lieux ou gens d'esprit, ceux qui raillent le mieux.

ANSELME

lent pour Noie avec trop de licence ; que leur amour ait beaucoup d'innoeence, is approuver ces baisers assidus, 'deur mutuelle et donnés et rendus, ours à l'oreille et ces tendres caresses, nés passe-temps d'amants et de maîtresses i sont en effet d'un frère et d'une sœur.

snt-ils chérir avec trop de douceur ?

hes comme ils sont, peut-on sans injustice

> à leur sang de faire son office?

anselme;.

i que cet office excède leur devoir; mis mal juger; mais il faut tout prévoir.

) Mahomet, par une charge expresse, ces sentiments d'amour et de tendresse ing justifie et semble autoriser ; temps le pourra démahométiser.

.lent tubalch cette ardeur fraternelle, m, qui veut dire intime et naturelle.

t enfin permis de ne te point mentir, ne bonne œuvre on se peut repentir, déportements mon âme inquiétée quelque regret de l'avoir rachetée, n la recouvrant je perdis mon repos, . . .

oin importun traverse à tout propos. .:

L'usage de. Turquie enfin le justifie; La loi turque...

ANSELME

Et toi, traître, avecque ta Turquie, Avecque ta loi turque, avec ton Mahomet, Tu veux autoriser cet usage indiscret, Et, sous un voile turc me chargeant d'infamie, M'affronter à la turque et couvrir leur folie ; Mais le soin que tu prends de les justifier Me les rend plus suspects et m'en fait défier. J'entends, si chez les Turcs ils suivaient leur méthode, Que parmi les chrétiens ils vivent à leur mode.

ERGÀSTE.

La fille ayant atteint l'âge de la raison

Est un meuble importun dedans une maison,

Et dont aux plus soigneux la garde est incertaine :

Un mariage enfin vous tirerait de peine,

Et bornerait vos soins en terminant ses vœux.

Tu n'en proposes qu'un, et j'en ai conclu deux. Tu connais Éroxène ?

Oui, la nièce d'Orgie?

ANSELME

Elle-même. Est-ce un choix indigne de Lélie ?

S'il obtient par vos soins ce favorable choix, Vous lui donnez la vie une seconde fois, Puisqu'il aime Éroxène à l'égal de son âme, Et que son seul respect lui fait cacher sa flamme.

ANSELME

Je rends grâces au ciel qu'une fois pour son bien Son choix toujours contraire ait rencontré le mien ; Mais, outre cet hymen, j'ai d'Aurélie encore Arrêté l'alliance avecque Polydore.

Pour Lélie, Éroxène est tout l'heur qu'il prétend ; Mais pour sa sœur...

ANSELME

Eh bien?

Ne vous hâtez pas tant.

Pourquoi? veux-tu que l'âge au logis la consomme ?

Ne la mariez point, ou lui donnez un homme.

ANSELME

Et qu'est donc Polydore ?

Il n'est plus, autant vaut.

ANSELME

Comment ! en sa santé sais-tu quelque défaut ?

Non, mais il est trop jeune ; attendez qu'il ait l'âge, Et puisse satisfaire aux devoirs du ménage.

Oh ! que de ses pareils le feu doit être ardent !

ANSELME

Il n'a pas cinquante ans 1

Et plus, pas une dent.

Il n'est dans la nature homme qui ne le juge Du siècle de Saturne ou du temps du déluge; Des trois pieds dont il marche il en a deux goutteux, Et ressemble en marchant à ces ânes boiteux, Qui presque à chaque pas trébuchent de faiblesse, Et qu'il faut soutenir ou relever sans cesse.

ANSELME

Il est riche, et le bien a de puissants appas.

Fabrice ment donc bien : car il ne le dit pas.

Quel Fabrice?

Un valet qu'il chassa pour un verre Qu'il rinçait par malheur, et qui tomba par terre.

ANSELME

Et que t'en a-t-il dit ?

Que, bien loin de l'enfler, Il vidait sa finance à force de souffler, Et que, pensant l'accroître avec de la fumée,

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 113

En fumée au contraire il Pavait consommée; Qu'au reste, on vit chez lui de mets si délicats Qu'on meurt toujours de faim à la fin du repas. Baste, encor, pour avoir la fortune contraire! A bien d'honnêtes gens elle n'est pas prospère; Mais son esprit mordant» envieux et jaloux, Ne pardonne à personne et se prend jusqu'à vous : Déchiffrant votre vie avec d'autres critiques, Par tous les carrefours il en fait des chroniques, Et ne se plaît à rien tant qu'à vous éplucher. Mais en vous disant tout je vous pourrais fâcher.

ANSELME

Achève, je le veux.

J'ai honte de le dire. •

ANSELME

Si ce qu'il dit est faux, je n'en serai pas pire.

Il vous veut imputer certaine infirmité

Par qui de tous les nez le vôtre est évité,

Et dit qu'un vieil pourit, dont le corps vous démange,

Vous oblige sans cesse à quelque geste étrange.

ANSELME

Le sot ment par sa gorge !

Et dit le bien savoir De gens qui tous les jours ont l'honneur de vous voir, Môme de vos amis.'

ANSELME

Il ment par ses oreilles !

De plus, qu'ayant le nez délicat à merveilles, Il le sait par lui-môme.

ANSELME

Il ment par l'odorat !

Et que, le vôtre étant et si court et si plat, Cette incommodité qui vous est naturelle Est facile à juger.

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