‹ Comédies du XVIIe siècle ...: avec une introductionChapitre 55 sur 207 · SCENE III Les Mêmes; AURÉLIE · texte numérisé non relu

SCENE III Les Mêmes; AURÉLIE

AURÉLIE

Que voulez-vous, mon père ?

ANSELME

Approchez, Aurélie.

Cet ami, de Turquie aujourd'hui de retour, M'apprend que votre mère y respire le jour.

AURÉLIE, à part.

Voici l'instant fatal d'où dépendait ma perte : Notre art est éventé, la fourbe est découverte; Je ne sais qu'avouer, ni que nier aussi.

Que dirai -je ? Ah ! qu'Ergaste au moins n'est-il ici ?

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126 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

ANSELME

Vous ne répondez rien?

AURÊLIE.

Hélas ! ce nom de mère Renouvelle en mon cœur une douleur amère Qui me ferme la bouche et m'étouffe la voix.

Ah! si, pour la revoir seulement une fois, Et lui vérifier cette fausse nouvelle, Ii ne fallait qu'offrir le sang que je tiens d'elle, Avec quel doux plaisir je quitterais le jour, Et, par un acte saint de devoir et d'amour, Soit au fer, soit au feu, soit au poison réduite, Mourant, reproduirais celle qui m'a produite, Et vous redonnerais, par un malheur si doux, Celle qui souffrit tant pour me donner à vous!

A Géronte.

Qui vous a dit encor ces frivoles nouvelles ?

Deux yeux dont je réponds, et qui me sont fidèles.

AURÉLIE

On répond aisément où rien n'est à risquer;

Mais vos témoins sont vieux et près de vous manquer.

GÉRONTE, la regardant attentivement.

Vous avez bien raison, ne les pouvant séduire, De les rendre suspects; car ils vous peuvent nuire.

AURÉLIE

C'est qu'ils sont dangereux, et pleins de tant d'attraits, Que l'on a grand sujet d'en redouter les traits.

GÉRONTE

Quand soixante soleils ont tourné sur nos têtes, Nos yeux n'ont plus dessein de faire des conquêtes. Je sais bien que l'amour, veut plus d'égalité : S'ils vous peuvent blesser, c'est par la vérité.

AURÉLIE

Pourquoi? quel intérêt puis-je avoir de la craindre ?

GÉRONTE

L'intérêt de tromper, de fourber, de bien feindre.

AURÉLIE

Moi fourber, imposteur !

GÉRONTE

Je n'imposerai rien. - ---• - ~

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COMÉDIES DÛ XVII e ' SPÊ<3I,Ë' fiW

Ne m'avez-vous point vu? considérez-moi bien.

aurélie. ." L-". :*. ;; , ;;;7

Ce visage vraiment est. fort considérable.

O le mauvais bouffon, et le fou déplorable! \ ; ; : 7

, GÉRONTE

Quand une fourbe éclate, on s'emporte aisément, Et la confusion ôte le jugement; . . / . . : ;

Mais je la convaincrai, mieux que vous ma folie : Osez -vous, dites-moi, passer pour Aurélie?

aurélie.

Quoi! Votre sang, mon père, et votre affection Ne s'offensent-ils point de cette question ?

GÉRONTR. '/

J'ai bien su qu'à ce mot je vous mettrais en peine, \ Et cette question est pour vous une gêne; Aussi par quelle audace usurpez-vous chez lui La qualité, le nom et la place d'autrui, Vous qui, simple servante en une hôtellerie, Dans Venise...

aurélie. . ■ ,.

O mon père!

Attendez, je vous prie...

Sous le nom de Sophie appeliez les passants ?

aurélie. ...

Doutez'Vous maintenant qu'il à perdu le sens?

ANSELME. '''",'

Dieux! ...'..,.-■:. ...

GÉRONTE.,

Et, criioiqu'en effet et si jeune et si belle, J Vous mettiez le couvert, apportiez la chandelle, Teniez prêts et nos lits et nos habillements? Il n'en faut point rougir, vous savez si je mens. • ; Né connaissez-vous pas Tyndare?

* • AURÉLIE. '•" . '

Quel Tyndare?

GÉRONTE.

C'est que je parle arabe, ou chinois, -ou tartare,

Ou vous pouviez servir dedans une maison

Sans en connaître l'hôte, et sans savoir son -nom-! - : -

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*28 COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE

AURÉLIE

Vous peut-il divertir par cette extravagance?

Vous peut-elle fourber avec cette arrogance, Elle qui dans Venise, un mois entier et plus, Affligé que j'étais d'un bras presque perclus, M'a servi chez Tyndare ?

ANSELME

Et s'appelait...

GÉRONTE

Sophie.

ANSELME

Vous vous êtes mépris : son nom est Aurélie; Mais leur rapport peut-être a produit son erreur.

AURÉLIE

Souffrez...

ANSELME

Non, contenez votre jeune fureur.

AURÉLIE

Puis-je sans m'emporter souffrir cette imposture ?

ANSELME

On peut bien imposer, mais non à la nature :

Quelque dol spécieux qui la puisse assaillir, Le sang est trop bon juge et ne saurait faillir.

GÉRONTE

Ainsi donc vous croyez quand on vous dissimule, Et quand on vous dit vrai vous êtes incrédule ?

ANSELME

Je crois mon serviteur, et mon sang, et mon fils.

Ne me réputez plus du rang de vos amis,

Ou croyez-moi blessé d'une folie extrême,

Si vous n'êtes trompé d'eux, d'elle et de vous-même.

Quelque trame s'ourdit : prévenez-en l'effet,

Et craignez... Voyez-vous quel signe elle m'a fait?

AURÉLIE

Moi, signe ? infâme, traître ! Ah dieux ! je désespère . De devoir par respect contenir ma colère, Et n'<être pas d'un sexe où de ta trahison

COMÉDIES DU XVir SIÈCLE. 1*9

Aux dépens de mon sang je pusse avoir raison. Faut-il qu'un scélérat impunément m'affronte? >

Elle sort* ANSELME.

Ne vous emportez point, rentrez. Et vous, Géronte, Laissant ce différend pour une autre saison, Venez vous délasser et prenez ma maison, Attendant...

GÉRONTE

Je ne puis; permettez -moi, de grâce, De voir quelqu'un des miens.

ANSELME

Laissez-nous donc Horace, Tant qu'on soit prêt chez vous à vous bien recevoir.

GÉRONTE, à Horact.

Je le mox. Mem.

HORACE

Bel sera.

GÉRONTE

Adieu, jusqu'au revoir.

Il sort.

ANSELME, à part.

O rencontre à la fois et propice et fatale !

Quelle confusion à la mienne est égale?

Quand je crois que Constance a perdu la clarté,

Je reconnais sa main qui prit ma liberté;

Et si j'ai d'Aurélie observé le visage,

Il ne rend pas pour elle un heureux témoignage,

Et dans ses changements a mal dissimulé;

Joint qu'Ergaste est un fourbe entre tous signalé,

Qui peut pour mon argent m'en avoir fait accroire,

Et qui, plus il m'attrape, et plus il en fait gloire,

En débauche Lélie, et croit bien réussir.

Mais s'il faut... Les voici, je m'en veux éclaircir.

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