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Les Grotesques, Paul Scarron, page

COMÉDIES DU XVII e SIÈCLE 167

» qui ont la saveur de la vie. » Paul Scarron est donc le plus littéraire des écrivains de mauvais goût. C'est 'à ce titre qu'il a conquis une place à part dans l'histoire de notre langue.

Scarron brocha encore quelques comédies, l'une imitée de Plaute, les autres du théâtre espagnol, car ce diable d'homme avait une extraordinaire facilité, et il appelait sa maçonnerie littéraire son marquisat de Quinet, du nom de son libraire, Toussaint Quinet. En 1653, il fit représenter sa comédie la plus bouffonne, Don Japhet d'Arménie, imitation de Tirso de Molina. Le succès fut prodigieux. Deux des portiers du théâtre furent étouffés à la première représentation,, tant l'encombrement fut grand. Il écrivit aussi le Virgile travesti en vers octosyllabiques, le Typhon ou la guerre des géants, un recueil de Nouvelles imitées de dona Maria de Layas . Dans ce volume, le Châtiment de V avarice a eu ses admirateurs. Boileau malmena le Typhon, qu'il prétendit n'être bon que pour la province. Enfin vint le Roman comique, son chef-d'œuvre, « vrai modèle de naturel, de narration et d'originalité, » a dit Théophile Gautier. C'est le seul de ses livres qui soit lu avec plaisir par les gens de goût. Tout doucement, le bon Scarron avait obtenu de la reine une pension de quinze cents livres. Malheureusement, pendant la Fronde, il publia la Mazarinade pour se venger du cardinal Mazarin, qui avait accueilli avec sa ladrerie ordinaire la dédicace du Typhon. Non seulement la pension fut supprimée ; mais encore Scarron fut violemment attaqué par Cyrano de Bergerac, lequel appartenait au parti de la reine. À partir de ce moment, notre poète renonça à son titre de malade d'Anne d'Autriche. Scarron ne fut pas de l'Académie, mais ne connut jamais la misère, comme Saint- Amant, Tristan et d'autres encore. En 1652, ce philosophe, qui supporta toujours ses souffrances en véritable stoïcien, épousa mademoiselle Françoise d'Aubigné, depuis marquise de Maintenon. C'était un véritable, acte de charité. Il eut, un instant, la pensée d'aller s'établir â La Martinique, dans l'espoir d'en revenir guéri. Il y renonça, tailla de nouveau sa plume, rima beaucoup de vers, les uns bons, les autres mauvais, et s'éteignit paisiblement en octobre 1660. Il fut inhumé à Saint-Gervais. Sa veuve devint reine de France.

Les Poésies de Scarron contiennent beaucoup d'amusantes choses, le sonnet sur Paris entre autres. Récemment, son Théâtre complet a été réimprimé par Edouard Fournier.

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