Cette tirade est imitée de la langue poétique de Ronsard
14 GOMÉDIES DU XVII e SIÈCLE
En l'honneur immortel du père Bromien.
Je vois ce cuisse- né, suivi du bon Silène,
Qui du gosier exhale une vineuse haleine ;
Et son âne fuyant parmi les mimallons,
Qui le bras enthyrsé courent par les vallons.
Mais où va cette troupe ? elle s'est égarée
Aux solitaires bords du floflottant Nérée.
Rien ne me parait plus que rochers caverneux,
J'entends de loin le bruit d'un vent tourbillonneux.
Sacrés hôtes des cieux, quelle horrible tempête,
Quel voile ténébreux encourtine ma tête ?
Eole a déchaîné ses vites postillons,
Qui galopent déjà les humides sillons.
Le ciel porte-flambeaux d'un noir manteau se couvre,
Je ne vois qu'un éclair qui le perce et l'entr'ouvre.
Quels feux virevoltants nous redonnent le jour ?
Mais la nuit aussitôt rembrunit ce séjour.
Ce tonnerre orageux, qui menace et qui gronde,
Eflochera bientôt la machine du monde.
Quel éclat, quel fracas confond les éléments?
Jupin de l'Univers sape les fondements ;
Ce coup jusqu'à Tenare a fait une ouverture,
Et fera pour le moins avorter la Nature.