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SCÈNE IV FILIDAN, AMIDOR

FILIDAN.

Voici ce cher ami, cet esprit merveilleux.

AMIDOR.

Mettons-nous à l'abri d'un rocher sourcilleux : Evitons la tempête.

FILTDAN.

Ah I sans doute il compose, Ou parle à quelque dieu de la métamorphose.

AMIDOR.

Je vois l'adorateur de tous mes nobles vers : Mais dont les jugements sont toujours de travers. Tout ce qu'il n'entend pas aussitôt il l'admire,

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Je m'en vais l'éprouver ; car j'en veux un peu rire. Suivons. L'orage cesse, et tout l'air s'éclaircit ; Des vents brise-vaisseaux l'haleine s'adoucit. Le calme qui revient aux ondes marinières, Chasse le pâle effroi des faces nautonnières ; Le nuage s'enfuit, le ciel se fait plus pur, Et joyeux se revêt de sa robe d'azur.

FILIDAN.

Oserait-on sans crime, au moins sans mille excuses, Vous faire abandonner l'entretien de vos muses?

ÀMIDOR.

Filidan, laissez-moi dans ces divins transports Décrire la beauté que j'aperçus alors.

Je m'en vais l'attraper. Une beauté céleste A mes yeux étonnés soudain se manifeste ; Tant de rares trésors en un corps assemblés, Me rendirent sans voix, mes sens furent troublés : De mille traits perçants je ressentis la touche. Le coral de ses yeux, et l'azur de sa bouche, L'or bruni de son teint, l'argent de ses cheveux ; L'ébène de ses dents digne de mille vœux, Ses regards sans arrêt, sans nulles étincelles, Ses beaux tétins longuets cachés sous ses aisselles, Ses bras grands et menus, ainsi que des fuseaux, Ses deux cuisses sans chair, ou plutôt deux roseaux, La grandeur de ses pieds, et sa petite taille, Livrèrent à mon cœur une horrible bataille.

Ah Dieu ! qu'elle était belle ! roi des beaux esprits, Vis-tu tant de beautés ? Ah ! que j'en suis épris. Dis-moi ce qu'elle fit, et contente mon âme Qui sent déjà pour elle une secrète flamme.

AMIDOR.

Inventons un discours qui n'aura point de sens.

Elle me dit ces mots pleins de charmes puissants :

Favori d'Apollon, dont la verve extatique

Anime les ressorts d'une âme frénétique*

Et par des visions produit mille plaisirs

Qui charment la vigueur des plus nobles désirs ;

Apprends à révérer par un fatal augure

De ma pudicité l'adorable figure.

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FILIDAN.

O merveilleux discours, ô mots sentencieux, Capables d'arrêter les plus audacieux.

L Dieux ! qu'en toutes façons cette belle est charmante,

¥ . Et que je sens pour elle une ardeur véhémente.

Ami, que tô dit-elle encore outre cela ?

AMIDOR.

Elle me dit : adieu : puis elle s'en alla.

J'adore en mon esprit cette beauté divine, Qui sans doute du ciel tire son origine.

Jo me meurs, Amidor, du désir de la voir.

Quand aurai-jc cet heur ?

AMIDOR.

Peut-être sur le soir :

Quand la brunette nuit développant ses voiles, Conduira par le ciel le grand bal des étoiles.

FILIDAN,

O merveilleux effet de ses rares beautés !

Incomparable amas de nobles qualités !

Déjà de liberté mon âme est dépourvue :

Le récit m'a blessé, je mourrai de sa vue.

Prépare-toi, mon cœur, à mille maux divers.

AMIDOR.

Adieu, sur ce sujet je vais faire des vers.

FILIDAN.

Que tu m'obligeras, Amidor, je t'en prie, Tandis pour soulager l'excès de ma furie, Je m'en vais soupirer l'ardeur de mon amour, Et toucher de pitié tous ces lieux d'alentour.

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