‹ Comédies en prose et en versChapitre 14 sur 67 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JACOMO, seul.

// est assis devant une table chargée de papiers, et tient devant lui un registre datis lequel il lit.

« TrivLilce Venosti... dix écus d'or d'amende

» Pour excès de boisson. » Là, je vous le demande,

N'est-ce pas un peu cher payer le vin cuvé?

Pour un écu, jadis, on se fut achevé

Sous la treille, et l'on eût en éclats mis les vitres

Par-dessus le marché. Poursuivons mes regîtres :

« Rafaël de Crémone... un demi-ducaton « Pour adultère et rapt. » On n'est pas un Caton, Et, comme un autre, au temps de sa mine fleurie, On eut, discrètement, quelque galanterie; Mais je ne raille pas sur les choses d'honneur, Et place au même rang larron et suborneur. C'est l'absurde et non plus la raison qui nous mène, Depuis que le démon, sous une forme humaine. S'est fait le commensal du seigneur podestat. Et gouverne en son nom les affaires d'État : Une fille, on ne sait d'où ni pourquoi venue, Qui, l'an dernier, tomba, comme on dit, de la nue. Et lit jouer si bien et sa langue et ses yeux Que selon son plaisir tout se règle en ces lieux. En même temps parut ici cet escogriffe Qui porte de Satan également la griffe. Et qui, tout en étant h l'office installé, Au jeu de la Cynthie est clairement mêlé. Un barbon amoui'oux est chose pitoyable ; Mais le nôtre de tous est le plus incroyable : Suivant que la Cynthie a bien ou mal dormi. Le juge montre un front placide ou rembruni ; Et quand la pauvre entant croit' sentir la migraine. Les édits rigoureux paraissent par douzaine.

Ah ! seigneur podestat, ce bel oiseau doré

Peut vous conduire un jour plus loin qu'à votre gré.

{Bruit au dehors.)

Mais quel est ce fracas?...

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