LES PRÉCÉDENTS, BENOIT
BENOIT
Excusez-moi, Messieurs; pour la troisième fois J'ai fait passer ma carte à mon ami Verdbois. Je suis de la province, et son ami d'enfance.
MAXIME
Monsieur... (Appelant.) Joseph. — Ravi de votre connaissance.
(f/ remet à un domestique la carte de M. Benoit.) TOUS LES SOUSCRIPTEURS.
Nous tous. Monsieur Benoit.
BENOIT
Je suis tout ébahi
Du spectacle que j'eus en pénétrant ici.
Quel tumulte! quels cris !.. Une foule ameutée
Aux abords de l'hôlel, en assiégeant rentrée.
On m'apprit que c'était une souscription ;
Moi qui déjà craignais quelque sédition.
MAXIME
Allons donc!.. Nous avons banni la politique, Et de la chose Ji nous fait la chose publique. Le cours du Trois pour cent, du Turc, du Mobilier, Les fluctuations du Nord et du Foncier, Voilà qui nous émeut et qui nous intéresse. L'objet que l'on poursuit, le rêve qu'on caresse, C'est d'attirer ii soi les écus du voisin, Sans lui donner le droit de crier au larcin. La fortune est pour tous un but si désirable Qu'il l'égard des moyens l'on se montre traitable, Et, pourvu que le coup soit fait avec douceur, Celui qui nous prit tout gagne encore notre cœur.
BENOIT
Cependant, cher Monsieur, il semble que le Code...
MAXIME
Le Code, assurément, est parfois peu commode;
Mais il fut établi pour des temps différents,
Et nos mœurs ne sont pas les mœurs de nos parents.
De quel droit voulez-vous, quand tout est variable.
Donner à la morale une base immuable ?
Où seraient la vapeur et l'électricité
A la tradition si l'on était resté?
Nos aïeux végétaient dans une sphère étroite ; Leur conscience était plutôt raide que droite, Et ce n'est point pécher contre l'honneur, vraiment. Que d'en user parfois un peu plus sobrement.
BENOIT, à part.
Cette morale au moins est sans hypocrisie.
MAXIME
(Tirant sa montre.) A la Bourse, Messieurs ; près d'une heure et demie. Au revoir, cher Monsieur.
[Tous sortent, sauf Benoit.)