‹ Comédies en prose et en versChapitre 6 sur 67 · LINCONNLE, LE CHEVALIER, L'ABBÉ · texte numérisé non relu

LINCONNLE, LE CHEVALIER, L'ABBÉ

Alt inoiiicnl ou la porte se rejennc derrière le marquis, l'iiicouiiin fait tomber le masque qui lui couvre le haut du twrtf/e.

LE CHEVALIER pt L'ABBÉ, jetant un cri de surprise.

La marquise!...

LA MARQUISE

Oui, moi-même, messieurs. Gela vous paraît étrange, je le conçois, de me trouver en pareil lieu... et en pareille compagnie.

LE CHEVALIER

Sous ce déguisement!...

LA MARQUISE

Le moindre stratagème nous serait défendu, et vous auriez tellement le privilège de la ruse et des artitices, qu'il devrait nous être interdit d'en user, même dans des intentions louables?... Parler avec la dernière légèreté d'une femme que rien n'a pu détacher de son devoir, autoriser les suppositions les plus extravagantes, n'épargner ni la séduction de l'exemple, ni l'enivrement d'une fausse renommée pour affermir dans ses égarements un époux infidèle, cela est permis, n'est-ce pas, monsieur le chevalier, et fort à la mode parmi les gens du bel air?... Mais que, lasses d'un veuvage anticipé et résolues à savoir si nos moyens de plaire ne peuvent, après tout, entrer en rivalité avec les manèges de femmes pour qui l'amour est un calcul, nous tentions de leur reprendre le cœur d'un époux, autrement que par le spectacle de notre douleur et de nos larmes, il n'est rien de plus abominable, en vérité, et l'on ne saurait trop se hâter de crier au scandale!... Ce sont là de vos maximes.

LE CHEVALIER

Madame la marquise, je puis vous jurer...

LA MARQUISE

Monsieur le chevalier, j'aurais peine à vous croire. Le temps presse, d'ailleurs, et votre justilication, fût-elle possible, serait trop longue pour (lue j'eusse le loisir de m'y arrêter. Je verrai plus tard si je dois vous pardonner. — Écoutez-moi... Lorsque, après bien des hésitations, je suis entrée dans cette aventure étrange, dont l'issue peut encore déjouer toutes mes espérances, j'avais arrangé mon plan sans vous, et votre présence pouvait tout compromettre. Grâce au ciel, il n'en a point été ainsi. Mais k présent que je vous tiens à ma discrétion, je veux vous faire prendre l'engagement de ne point contrarier mes desseins.

L'ABBÉ

Madame la marquise, disposez de nous en toute sûreté; nous sommes les plus dévoués de vos serviteurs.

LA MARQUISE

Messieurs, vous avez partagé jusqu'à ce moment toutes les folies de mon mari; je trouve plaisant devons faire entrer dans un complot contre lui.

Qui sait?... Au lieu d'une conversion j'en obtiendrai peut-être trois. Le marquis va revenir. Vous ne lui direz rien qui puisse faire supposer que je vous ai parlé et que vous êtes maîtres de mon secret. Vous me promettez le silence?...

LE CHEVALIER et L'ABBÉ.

Nous le jurons.

LA MARQUISE

A merveille, et songez-y, je serai sans grâce pour la plus légère indiscrétion. (Dubois ouvre la

porte du fond, la marquise remet vivement le loup.) Messieurs,

laissez-moi seule avec cet homme; je veux lui parler.

(Le chevalier et l'abbe sorient.)

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