SCÈNE VIII
ANAIS, PAUL GERSANT.
AISAIS.
Paul!.
PAUL
Anaïs... Mon Dieu, que vous êtes pâlie. Mais vous êtes souffrante?...
ANAIS.
Allons, quelle folie!...
Merci, c'est bien à vous d'être venu me voir. J'y songeais, sans oser en conserver l'espoir.
PAUL
Je sais que vous avez tenu votre promesse, Et rompu tout à fait avec la pécheresse. Fidèle à ma parole aussi, de mon côté. Cet objet précieux je vous l'ai rapporté; Il vous est bien acquis, et par une victoire, Qui, sur le mal gagnée, est un sujet de gloire.
Une secrète voix à mon cœur parle, et dit A moi que notre mère en ce moment s'unit, Et retrouvant sa fille, à la honte échappée, D'un regard de merci la tient enveloppée.
Cher frère...
ANAIS.
PAUL
Pour vous voir j'ai franchi l'Océan. Apprenez que j'ai fait fortune en moins d'un an, Par une invention, en France rejetée.
Et que l'Amérique a sur-le-champ adoptée. Je choisis désormais ce pays comme mien, Et si vous y voulez vivre en femme de bien, Près de moi je vous offre une calme retraite. Nous irons loin, bien loin de la ville indiscrète, Où l'écho du passé pourrait venir à nous. Je jetterai l'espace entre l'opprobre et vous.
ANAIS.
Le rêve est séduisant; mais, hélas, votre vie Ne peut, par nul lien, à la mienne être unie.
Vous voulez oublier. Le destin est plus fort: A tout jamais du vôtre il détacha mon sort. Entre nous mon passé met un abîme immense; Vous tenteriez en vain d'efïacer la distance ; De mon indignité vous auriez à rougir, Et contre votre cœur je veux vous prémunir.
PAUL
Pour un passé caché comment être sévère?
ANAIS.
Fùt-il caché pour tous, l'est-il pour vous, mon frère? Croyez-moi, laissez-là ce généreux projet; En le formant pour moi vous avez assez fait ; Je me sens à mes yeux maintenant relevée, Et puis, l'âme en repos, finir ma destinée.
PAUL
Vous l'avez résolu. Soit donc, je me soumets; Tout nuage entre nous est tombé désormais. Et l'odieux passé n'est plus qu'un mauvais rêve, Dont la vapeur se perd dans le jour qui se lève. Ah! je voudrais de même aussi pouvoir bannir De mon cœur, qu'il oppresse, un autre souvenir.
Fantôme d'un bonheur qui fut toujours chimère, Et dont partout me suit l'image vaine et chère.
ANAIS.
Vous aimiez?
PAUL
J'étais pauvre et je fus refusé.
a>;ais.
La fortune à présent vous a favorisé.
PAUL
Un autre obstacle encor à mon bonheur s'oppose : Cet obstacle...
ANAIS.
II n'en faut pas loin chercher la cause. Le nom que nous transmit notre père, je l'ai, En le portant un jour, à tout jamais souillé. Oui, je le sens trop bien, pour une honnête femme Ce doit être une tache... Ah ! je suis une infâme. Mais tranquillisez-vous, ce nom n'est pas atteint ; Nul n'a plus souvenir qu'enfant il m'appartint. Anaïs Gersant s'est, depuis bien des années, Envolée... Où, Dieu sait!.. Où vont les fleurs fanées?.
La courtisane fut madame de Prangis, Un nom peut-être honnête aussi, que je salis. Maintenant je n'ai plus de nom. Je suis madame Henriette ou bien Fanny... J'oublie. Et votre femme Pourra me rencontrer sur son chemin vingt fois Sans savoir que je fus votre sœur autrefois.
PAUL
Personne quand j'ai fait grâce, moi votre frère. N'a conservé le droit de vous jeter la pierre Le repentir vous a lavé de tout péché. Mais sachez, jusqu'ici ce qui vous fut caché, Que celle dont mon cœur est épris, a pour père Un homme qui vous eut pour maîtresse naguère.
ANAIS.
Horreur ! !
PAUL, voyant entrer Camille avec Maxime.
Camille!...