S CU LU S
L'Odéon, grâce à vous, n'a plus peur de mourir;
Il va fermer pourtant... Mais c'est pour mieux rouvrir!
Réussir est beaucoup, tenter est quelque chose. Nous vous avons donné tant de vers, tant de prose, Que même , par malheur, lorsque nous nous trompions , Vous nous avez su gré de nos intentions. Nous vous avons joué d'honnêtes comédies, Des drames effrayants, même des tragédies; Nous en avons encor, qui vous plairont , je crois ; Patience, Messieurs, deux mois, rien que deux mois ! Ce qui vous a suffi ne peut plus nous suffire, A de plus grands effets notre amour -r propre aspire; Nous passons avec vous, ce soir, un nouveau bail, Et demain, dès le jour, nous serons au travail. Pendant deux mois, non pas de plaisirs, mais de veilles, Nous vous préparerons de petites merveilles ; Acteurs, auteurs, chacun pour vous plaire empressé, Au moment où je parle, à son poste est placé. Nous promettons beaucoup, nous tiendrons plus peut-être. L'art va mourir, dit-on ; l'art peut toujours renaître! Les talents, quels qu'ils soient, connus ou non connus, Lorsqu'ils viendront chez nous, seront les bienvenus;
Nous sommes fiers d'ouvrir, comme un amphithéâtre, A Ions les jeunes cœurs notre jeune théâtre ! C'est un but généreux, L'Odéon doil unir Aux gloires <iu passé celles de l'avenir!
Nous vivrons, nous vivrons; à nos vœux tout succède .
La faveur du public nous est venue en aide,
Et la presse, indulgente à nos premiers essais,
Nous traite galamment de Théâtre -Fiançais.
— Quel mot ai -je dit là! Souffrez que je m'explique;
N'allez pus nous brouiller avec la république!
Le Ïhcàtrc-Français est notre frère aine;
Pour exemple, pour but, à tous il est donné;
Nous lui devons respect et payons notre dette !
Lui, doit protection à sa branche cadette,
Kl nous espérons bien, malgré les bruits jaloux,
Pouvoir compter sur lui, qui peut compter sur nous !
Vous aussi, jeunes gens aux âmes artistiques,
Vous nous ave/ offert des appuis sympathiques,
Merci... qui tomberait en marchant avec vous!
Dernièrement, enfin, comme moi, comme tous,
Vous le savez... du haut d'une grande tribune,
On a parlé pour nous de meilleure fortune ;
Il faut attendre encore. Eh bien, nous attendrons. L'espoir soutient le cœur... nous vivrons! nous vivrons!
Chacun de nous, Messieurs, à ce moment suprême, A voulu devant vous se présenter lui-même ; Vous nous avez prêté vos bienveillants concours; Nos cœurs reconnaissants s'en souviendront toujours. Interprète de tous, pour tous je vous rends grâces.
Mais avant de sortir, retenez bien vos places, Messieurs, car l'Odéon, prêt à fermer ce soir, Vient vous dire, non pas adieu, mais au revoir!