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DU SECOND THEATRE-FRANÇAIS

28 septembre 1S43.

Pardon... j'aurais deux mots à vous dire tout bas.

Veuillez donc bien m'entendre, et ne me sifflez pas.

S'il faut que quelque chose ou quelqu'un vous déplaise,

Vous vous rattraperez plus tard, tout à votre aise.

Ce respectable droit qu'on achète en entrant,

Pour vous le contester, est un plaisir trop grand.

Quant à moi, qui viens là, sans rouge et sans costume,

Rajeunissant ce soir une vieille coutume,

Je ne veux que vous dire, au nom de l'Odéon :

Soyez les bienvenus, amis de la maison.

De ma commission souffrez que je m'acquitte...

Je voudrais, comme vous,, en être déjà quitte !

1, Prononcé par M. Monrose.

Avant d'aller au but, pendant que je vous tiens,

Si nous causions un peu des poètes anciens?

Cela n'est pas très -gai, d'accord; niais les grands maîtres

Autrefois en usaient ainsi chez nos ancêtres.

Les noms propres font bien en tète d'un discours;

On a beau les connaître, ils vous plaisent toujours.

Rarement du public les oreilles s'en lassent;

On aime à leur ôter son chapeau lorsqu'ils passent.

Quand un théâtre ferme, ou quand il veut rouvrir ;

Quand un roi vient de naître, [in savanl de mourir,

Quand du premier venu, célèbre ou non célèbre,

Monsieur n'importe qui fait l'oraison funèbre...

A tout propos, enfin, quand on veut se mêler,

Sans avoir rien ù\i toul à dire, de parler;

Bien vite on a recours aux beaux noms de l'histoire.

Les petits orateurs ont très-grande mémoire !

Je pourrais, rapprochant le présent du passé,

Dans un savant discours montrer ce que je sai;

De sou sommeil classique éveiller Aristote,

Ou VOUS ressusciter quelque antique anecdote.

Mais à quoi servirait? à peu de chose... à rien,

De comparer Eschyle avec Corneille, ou bien

D'asseoir l'un près de l'autre, et sur un même socle,

DISCOURS. 34j

Le buste de Racine et celui de Sophocle;

Et, pour la rime enfin, d'égaler en succès

Au Voltaire des Grecs l'Euripide français !

Tout cela mille fois s'est dit en très-bon style;

Et vous le répéter plus mal, est inutile.

Ce n'est pas que je veuille insulter au drapeau ;

Le beau, je le sais bien, Messieurs, est toujours beau !

Et je ne prétends pas, comme un cerveau maladi ,

Contre l'antiquité prêcher une croisade.

Les vieux, qui ne sont pas si vieux qu'ils en ont l'air,

Pourraient rendre des points aux jeunes gens d'hier.

Les jeunes gens, du reste, ont aussi leur mérite ;

A combattre avec nous l'Odéon les invite.

Pour notre grand voyage en partant aujourd'hui,

De tous, jeunes et vieux, nous invoquons l'appui.

Tous concourront ensemble au salut de la flotte...

A de jeunes rameurs il faut un vieux pilote !

Ah çà mais, je fais là, pour rien, beaucoup de bruit; Et vous vous demandez où ce bruit nous conduit. L'Odéon, innocent de tant de bavardage, Ne m'avait pas chargé d'un aussi long- message. Je venais seulement vous parler on son nom.

346 DTSCOriiS.

De ce qu'il a pu faire, et vent faire de bon. Naguère, au mouvais sort quand il était en butte, Vos encouragements ont soutenu sa lutte. Vous l'avez si longtemps et si bien protégé, Que, d'enfant qu'il était, en homme il s'est changé; De progrès en progrès, grâce à vous, il s'avance ; Le progrès est son but... et votre récompense!

Ses finances, d'abord, sont enfin en progrès; Car les représentants de tous les intérêts Onl fait eu sa faveur un acte académique, En lui votant, au nom de la France artistique, A la majorité de deux voix... un trésor! Soixante mille francs!... la moitié d'un ténor! C'est peu, me dira-t-on; c'esl beaucoup, c'esl La vie, C'est l'honneur... L'Odéon accepte el remercie. Cela nous a sauvés, nous le crions bien haut ; Nos cœurs reconnaissants ne sont pas en défaut. El puis, en faisanl bien, on apprend à mieux faire... Vous savez, le progrès esl notre grande affaire. Le précieux mandat qui nous esl confié, Messieurs, par tant d'efforts sera justifié ; Nous enchanterons tant vos cœurs el vos oreilles,

Nous inventerons tant de petites merveilles, Nous vous donnerons tant de Grecs et de Romains, En un mot, nous ferons tant des pieds et des mains, Que, pour récompenser nos vers et notre prose, L'an prochain, on voudra là -bas doubler la dose. Et nous accepterons toujours... je le promets. Nous sommes trop polis pour refuser jamais !

En attendant, Messieurs, que le mieux nous arrive, Le bien est déjà bien, et permettra qu'on vive. Aussi ce soir, après un repos de trois mois , Nous revenons à vous plus joyeux qu'autrefois. Nous avons pour l'hiver nos provisions faites, Des ouvrages de grands et de petits poètes, Du classique nouveau, du romantique ancien ; Des acteurs... autant vaut que je n'en dise rien; Vous avez trop bon goût pour ne pas voir bien vite Qu'ils sont tous, moi compris, gens du plus haut mérite. Chacun est à son poste, ou bientôt y sera. Voulez -vous du comique? on vous en donnera. Voulez- vous du tragique? A notre heureux théâtre Le boulevard du crime a rendu Cléopàtre ' .

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