‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 113 sur 245 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

CLARA

Il y a que ton père consent à te reconnaître. Il est venu ici, dans ce but, un quart d'heure après ton départ.

JACQUES

Que me dites-vous là?

CLAUA,

La vérité! Si je ne te l'ai pas écrite, c'est que ton père voulait te faire cette surprise à ton retour.

JACQUES

Quelle surprise, en effet! Mais la marquise?

CLARA

La marquise accepte, madame Sternay aussi, tout le monde est d'accord. Le marquis a été charmant. Il adopte son neveu, il lui concède son titre, pour que la marquise consente à ce que son fils te reconnaisse.

JACQUES

Que de complications, mon Dieu!

CLARA

Qu'importe, cher enfant, pourvu...

JACQUES

Pourvu?

Pourvu que tu sois heureux! Tu épouseras Hermine.

JACQUES

Et toi?

CLARA

Oh ! mon Dieu... moi ! je me sacrifierai encore s'il le faut.. ,

JACQUES

Te sacrifier? Ils t'ont demandé encore quelque chose? Ils t'ont fait souffrir?...

CLARA

Non, ils ne m'ont rien demandé. C'est moi qui ai réfléchi, qui songe à ta position, qui me dis que, pour ton avenir, le nom de ton père te sera plus utile que le mien, et, pour cette jeune fille qui t'aime, qui a été patiente et dévouée, le nom et le titre de sa famille sont préférables. Je n'avais que mon nom, mon pauvre enfant, je te l'ai donné. C'est le nom de gens bien obscurs, bien pauvres, bien ignorants, et, quand je le lisais accompagné de tant d'éloges, je ne pouvais m'empêcher de penser à ceux qui le portaient avant nous, à ma mère, à mon père, qui ne savait pas lire... et (en souriant) qui a un petit-fils qui sauve le monde. Sais-tu que Dieu a été bien bon pour nous! mais tu as toujours aimé ta mère, et voilà ceux qu'il protège. Tu étais si aimant, si caressant, quand tu étais petit ! Je te vois encore, jouant près de la table sur laquelle je travaillais, moi, jusqu'à deux ou trois heures du matin; tu comprenais alors que c'était pour toi que je travaillais. Tu me prenais dans tes petits bras et tu me disais : « Sois tranquille, va, petite mère, quand je serai grand, je travaillerai à mon tour, et tu seras riche!... riche!... » Cher enfant!... ces souvenirs-là font pleurer, mais ils font tant de

bien ! (Us se jettent dans les bras l'un de l'autre en pleurant ensemble.}

Mais je ne veux pas que tu pleures, ma chère mère! tu vas être heureuse, au contraire, plus que tu ne l'as jamais été.

CLARA

Oh! non, je vois bien que, maintenant que tu es célèbre, ils ne veulent plus que tu sois mon fils.

JACQUES

Mais tu ne sais donc pas?...

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