SCÈNE VII
Les Mêmes, ARISTIDE.
ARISTIDE
Comment! on pleure déjà ici, à onze heures du matin?
JACQUES
Oui, un peu, pour n'en pas perdre l'habitude.
ARISTIDE
II fallait donc me prévenir, je serais revenu plus tôt, nous aurions pleuré tous ensemble. Enfin, ce sera pour une autre fois. Alors, tu étais là quand nous sommes venus tout à l'heure? Tu nous as laissés partir pour rester seul avec ta mère. Tu as eu joliment raison ; mais le domestique m'a fait un signe, j'ai compris, j'ai accompagné le marquis un peu, et puis je l'ai quitté sous un prétexte quelconque. C'est un excellent homme, mais je voulais l'embrasser avant lui.
(il embrasse Jacques.)
Répondez-moi, parrain. Qu'est-ce que c'est que cette reconnaissance dont me parle ma mère?
ARISTIDE
Ah! au fait! Tu vas t' appeler M. Sternay; M. le comte Sternay, môme, car tu vas être noble, par suite de la combinaison que M. Sternay a trouvée. Oui, oui, oui, tout est convenu : ton mariage, ton nom, ce que lu dois demander au gouvernement; tu n'as plus à l'inquiéter de rien. Tu vas aller vivre avec M. Sternay et sa femme; quel honneur! C'est ton petit papa qui a arrangé ça. Il l'aime joliment, ton petit papa! Ça lui est venu un peu lard, mais, sapristi! il se rattrape. 11 va amener la marquise. Tiens-loi bien ! Quant à la mère, tu comprends, elle t'a élevé depuis vingt-cinq •ans, elle ne t'a pas quitté, elle t'aime; mais elle ne peut servir à rien maintenant : chacun son tour; elle va s'en aller
en province, à l'étranger; pourvu qu'on ne la voie plus, c'est l'important... Voilà.
JACQUES
C'est complet, alors?
ARISTIDE
Oh ! complet, je t'en réponds.
JACQUES
Vous avez dû bien rire quand vous avez vu tout cela !
ARISTIDE
Non, je t'ai attendu pour en rire avec toi.