ACTE PREMIER
MADAME GODEFROV.
Moi-même, qui viens vous apporter les renseignements que vous m'avez demandés dans votre dernière lettre.
ANDRÉ
Vous avez quitté la campagne exprès pour cela?
MADAME GODEFROY
Non ; mais j'avais besoin de venir à Paris pour quelques affaires; j'ai profité de l'-occasion et j'ai pris la liberté de me présenter chez vous.
ANDRÉ
II fallait m' écrire d'aller vous voir.
MADAME GODEFROY
Ce que j'aurais fait, si je ne vous avais pas trouvé; mais à quoi bon vous déranger? Tout est permis à une femme de mon âge ; d'ailleurs, se gêne-t-on entre amis, car j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi ?
ANDRÉ
J'ai beaucoup d'amitié pour vous, madame, et depuis longtemps.
MADAME GODEFROY
Bien vrai?
ANDRÉ
Bien vrai.
MADAME GODEFROY
J'en suis heureuse; car, moi, je vous aime comme j'aimerais mon fils, si j'en avais uni (voyant Joseph qui vient préparer sur
une chaise le paletot d'André.) Yous êtes prcssé, VOUS alliez sortir?
ANDRÉ
Quelques courses avant mon départ ; mais j'ai le temps.
MADAME GODEFROY
Vous allez à Dieppe ?
ANDRÉ
Rejoindre mon père, qui m'écrit lettre sur lettre pour que j'arrive.
MADAME GODEFROY
Je l'avais invité à venir avec vous chasser chez moi ; il m'a répondu, comme toujours, que, ni lui ni vous, vous ne pouviez venir.
ANDRÉ
En effet...
MADAME GODEFROY
Vous avez peur tous les deux de vous ennuyer ; vous ne vous trompez peut-être pas. Enfin, ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
JOSEPH, à André.
Le mouchoir de M. le vicomte, la monnaie du billet et
les journaux. (Il dépose le tout sur la table et sort.) MADAME GODEFROY.
Votre père a retrouvé à Dieppe une ancienne amie à lui, madame de Chavry, avec la nièce de laquelle vous avez été élevé, pour ainsi dire. Pour une raison ou pour une autre, vous désirez, avant de retourner chez elles, avoir des renseignements sur ces deux dames, que vous avez perdues tle vue depuis huit ans; et, comme ma propriété est à une demilieue de Dieppe, vous m'avez priée de prendre tous les renseignements possibles et de vous les faire connaître.
ANDRÉ
C'est cela même; vous avez dû supposer, chère madame...
MADAME GODEFROY
Je n'ai rien supposé du tout ; vous me direz, quand le moment sera venu, ce que vous croirez devoir me dire, et, moi,
je vais vous dire ce que j'ai recueilli. (EUe tire un petit papier de
son portefeuille. Lisant.) « Madame de Ghavry vivait depuis huit ans à l'étranger, séparée de son mari, qui était un assez