ACTE PREMIER
mauvais sujet; elle s'était, en dernier lieu, fixée à Venise. Elle y a appris, il y a dix-huit mois, la mort du marquis. A la fin de son deuil, elle est revenue en France pour marier sa nièce, qui tient à s'établir ici; le lendemain du mariage de sa nièce, elle repartira pour son palais du Grand-Canal, dont elle ne saurait plus se passer. »
ANDRÉ
Et mademoiselle Hélène?
MADAME GODEFROY
Restée orpheline de très-bonne heure, élevée par sa jeune tante, qui est un peu mondaine, un peu frivole, un peu folle môme, disent ses amis, mademoiselle Hélène a reçu l'éducation superficielle que reçoivent aujourd'hui presque toutes les jeunes filles de son monde; cependant, elle a l'aspiration et le sentiment du bien ; elle sera ce que nous sommes toutes, une bonne ou une mauvaise femme, selon le mari qu'elle aura choisi. Elle est du caractère le plus aimable et le plus facile ; aucune coquetterie, pas même une de ces coquetteries de pensionnaire si fréquentes chez les filles de son âge, élevées librement. Voilà, mon cher monsieur André, tout ce que j'ai pu apprendre.
ANDRÉ
Vous èles, chère madame, la meilleure femme que je connaisse! Je vais partir aujourd'hui même pour Dieppe, d'où j'irai vous voir avec mon père.
MADAME GODEFROY
Que ce serait bien à vous de l'amener ! mais je crois que je l'ennuie.
ANDRÉ
Vous vous trompez, madame. Mon père a pour vous la
plus sincère affection et la plus profonde estime. S'il va plus
souvent oii l'on s'amuse qu'où l'on aime, il n'en faut accuser
que l'habitude. 11 est bien difficile de se transformer à son