‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 139 sur 245 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

déjeuner de conducteur de diligence; donnez-moi un morceau de fromage et un fruit.

DE TOURNAS

Moi, je mangerai un peu de bœuf; j'ai si mal dîné hier!

ALBEIITINE.

Où avez -vous donc dîné?

DE TOURNAS

Chez moi.

ALBERTINE

Espérons que, lorS'que André sera marié, sa maison sera tenue autrement.

DE TOURNAS

Pour ce que nous y gagnerons! Mais est-ce qu'il va se marier?

ALBERTINE

Il donne du filet de bœuf à déjeuner. Il n'est plus bon qu'à faire un mari.

DE TOURNAS

Alors, cela vous est indifférent?

ALBERTINE

Tout à fait.

DE TOURNAS

Je croyais, en vous voyant ici...

Que j'aimais André, peut-être? ^

DE TOURNAS

Aimer, non; mais, enfin.,.

ALBERTINE

Voilà longtemps que je connais André; il a eu une espèce de passion pour une de mes amies... Dans ces derniers temps, il m'a fait une espèce de cour. On ne sait pas ce qui peut

arriver. Je lui ai demandé à déjeuner ce matin. Je voulais connaître l'intérieur de la maison ; mais une femme dans ma position ne peut avoir qu'une liaison sérieuse. En cinq minutes, j'ai su à quoi m'en tenir : mauvaise maison, mauvais service, mauvais entourage. S'il faisait un beau mariage!... et encore... non... ce n'est pas cela qu'il me faut,

, DE TOURNAS

Qu'est-ce qu'il vous faut donc?

' ALBERTINE

Je suis la meilleure fille du monde; mais, que voulez-vous ! j'ai de l'ordre, c'est dans ma nature. Aussi on dit du mal de moi, parce que j'ai eu l'esprit de mettre un peu d'argent de côté.

DE TOURNAS

Vous êtes riche?

' ALBERTINE

Non ; j'ai une trentaine de mille livres de rente, j'en veu^ quarante.

C'est votre chiffre?

ALBERTINE

On ne peut pas vivre à moins. Quand j'aurai mes quarante mille livres de rente, je dis adieu au monde; je vends les diamants, les voitures, les chevaux en vente publique, c'est ce qu'il y a de mieux. J'ai horreur de tous ces brimborionslà, mais il faut en avoir, sans cela on ne vous regarderait pas. J'achète un bon petit hôtel dans un coin de Paris, je le meuble bien modestement avec, du palissandre et de l'acajou, rien de plus; j'y reçois quelques bons amis, des artistes, ils sont amusants; pas dé femmes, bien entendu : je les connais, ces dames ! et alors, n'ayant plus d'inquiétudes matérielles, je m'occuperai d'aimer, ce que je n'ai pas encore pu faire, si toutefois je trouve un cœur qui comprenne le mien...

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