‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 141 sur 245 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE COMTK.

Quoiquefois.

ALBERTINE

Le méritez-vous?

LE COMTE

Souvent. ♦

ALI3ERT1NE

Je prends la chose sur mon comple... Restez et permettezmoi de faire les hoimeurs de la maison, bien que je n'en aie pas le droit.

LE COMTE

Tant pis pour André.

ALBERTINE

Et d'abord, avez-vous déjeuné?

LE COMTE

Non. ,

ALBERTINE, à Joseph.

Mettez un couvert...

LE COMTE

Et ?ervez-moi deux œufs.

JOSEPH

Quel vin,jnonsieur le comte?

LE COMTE

De l'eau!... Vous savez bien que je ne bois jamais que de

l'eau, i. (Joseph sort.)

ALBERTINE, à de Tournas.

Il est mieux que son fils.

DE TOURNAS, qui a pris son chapeau.

Il n'y a pas de comparaison I

LE COMTE, à de Tournas, bas. ^

Quelle est donc cette dame?...

DETOURNAS.

Comment la trouvez-vous?

LE COMTE

Charmante!

• DE TOURNAS

Eh bien... c'est une dame charmante, voilà tout. Je vous laisse, (a Aibertine.) Adieu, chère madame.

ALBEUTINE, à de Tournas.

Attendez-moi, mon cher monsieur de Tournas, je m'en vais avec vous.

DE TOURNAS

Parfaitehient... (a Joseph.) Alors, donnez-moi du ctfé. (n va

prendre son café au fond du théâtre.) •

LE COMTE, voyant Albertine reprendre son chapeau et son châle.

Vous m'abandonnez?... C'est une trahison!

Vous repartez dans quelques heures... Si vous êtes venu à Paris, c'est que vous avez à y faire autre chose que de causer avec moi. Et, d'ailleurs, de quoi causerions-nous? Nous ne nous connaissons pas.

LE COMTE

Ce ne serait pas là la difficulté... Nous ferions connaissance.

ALBERTINE

Mal...

LE COMTE

Mon fils est fort heureux!...

ALBERTINE

De qupi ?

LE COMTE

De connaître bien une personne comme vous!...

AGTK PREM[EU. 239

ALBERTINE

Le vicomte me connaît depuis six mois; c'est la seule différence qui existe entre vous deux.-

LE COMTE

Votre parole?.

Ma parole...

Restez, alors!

ALBERTINE

Non, j'ai toute sorte de raisons pour m'en aller...

LE COMTE

On vous attend ?

ALBERTINE

Peut-être; et puis que dirait madame de Genson, par exemple, si elle me savait ici !

LE COMTE

Madame de Genson...

ALBERTINE

Ou madame de Villerveux, ou madame de Norbois; car, si je n'ai pas l'honneur de vous connaître, je connais beaucoup de vos amis, et vos amis sont indiscrets. Vous n'aimez que les femmes du monde, et, jusqu'à présent, vous n'avez jamais voulu mettre le pied sur notre territoire. Je ne veux pas me reprocher de vous avoir fuit passer la frontière, surtout à votre âge.

LE COMTE

« A votre âge » est méchant.

ALBERTINE

Vous le voyez, je ne saurais causer une demi-heure avec vous sans dire une sottise.

LE COMTE, lui prenant la main.

Quand vous reverra- t-on ?

ALBERTINK.

Quand vous voudrez, 26, rue de la Paix, de une heure à deux; c'est l'heure où je reçois mes meilleurs amis.

LE COMTE

Et votre meilleur ami?

ALBERTINE

Celui-là choisit son heure.

LE COMTE

Savez-vous que vous avez de l'esprit! ^ *

ALBERTINE

Chez nous, il faut bien tenir un peu de tout, il y a tant de concurrence!

LE COMTE

Ne dites pas de ces choses-là; les vilaines paroles vont mal aux jolies bouches.

ALBERTINE

Comme vous êtes sentimental!

LE G0.MTE.

C'est de mon âge...

ALBERTINE

Vous direz au vicomte que je le remercie bien du déjeuner qu'il m'a donné; mais je saurai maintenant ce que ses invitations veulent dire. Heureusement, vous êtes là, et je ne le regrette plus du tout. On vous verra? .

LE COMTE

Puisque vous le permettez...

A votre retour, bien entendu, Oîi allez-vous?

LE COMTE

A Dieppe.

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