ACTE PREMIER
ANDRÉ
Heureusement, car il est jaloux comme un tigre...
LE COMTE, lui prenant la main.
Tu sais que je n'ai que toi...
ANDRÉ
Sois tranquille! D'ailleurs, tu le vois, tout est en Irain de se rompre. Elle vient passer deux ou trois mois de l'année à Paris, je la vois trois ou quatre fois pendant ce temps-là, et, le reste du temps, elle m'écrit des lettres de huit pages... J'en ai plein une malle, en voilà assez, Elle avait trouvé moyen de venir à Dieppe! C'aurait été gai!...
' Romps, mon ami, romps!... Toutes ces liaisons légères, toutes ces amours du monde, tout cela est bien creux, en somme, et il vient un moment...
ANDRÉ
Où il fatit se ranger...
LE COMTE
Certainement!...
ANDRÉ
Serais-tu disposé à te ranger, toi?
LE COMTE
Qu'appelles-tu me ranger?
f ANDRÉ.
Faire des économies, par exemple.
LE COMTE
Des économies... je le veux bien; mais je ne vois pas sur quoi nous pourrions en faire, nous vivons aussi modestement ^ que possible. Cet hôtel nous appartient. Nous avons quatre chevaux de selle, quatre chevaux d'attelage, doux chevaux de nuit... on ne peut pas avoir moins... deux cochers, deux
valets de chambre, deux hommes d'écurio, une cuisinière. Nous n'avons môme pas d'intendant...
ANDRÉ
11 ne manquerait plus que ça !
LE COMTE
Nous ne recevons que des hommes; nous ne faisons pas d'excès de table. Moi, je déjeune de deux œufs et d'un verre d'eau... Il me semble qu'avec notre fortune...
ANDRÉ
Notre fortune? Sais-tu dans quel état elle est, notre fortune?
LE COMTE
Tu dois le savoir mieux que moi, puisque c'est toi qui tiens la maison depuis ta majorité.
ANDRÉ
Alors, je connais les dépenses; or, tu n'as énuméré que celles de Paris, et tu n'as pas parlé de celles de la campagne.
LE COMTE
La campagne... c'est l'économie.
ANDRÉ
Ainsi, c'est une économie que ta terre de Vilsac?
LE COMTE
Naturellement. Nous y avons tout, depuis les œufs jusqu'aux bœufs.
ANDRÉ
Et même jusqu'au sanglier, qnand il te plaît d'en tirer un. Or, voici sa posiiion, à ta terre de Vilsac, que tu appelles une économie. D'abord, elle ne rapporte rien.
LE COMTE
Elle n'a jamais rien rapporté.