ACTE DEUXIÈ.MIÎ
DE NATON.
Mais, moti bon, vous qui conseillez le mariage, pourquoi ne vous mariez- vous pas vous-mômo?
DE LIGNERAYE.
Trop tard! '
DE NATON.
Comment, trop tard! quel âge avez-vous?
DE lignera;e.
Trente-huit ans.
DE NATON.
Ce n'est pas beaucoup.
DE LIGNERAYE.
Comme quantité, non; mais comme qualité...
DE NATON.
Je vous trouve encore très-bien, moi.
DE LIGNERAYE.
Parbleu ! pour vous, je suis encore plus que suffisant ; mais, pour une femme, il n'y en a pas une dans le monde que je déteste assez pour lui faire un pareil cadeau : j'ai des névralgies atroces, je n'ai plus d'estomac. Si je soupe, par hasard, je suis malade huit jours, et... enfin je porte de la flanelle; elle est rose, elle est légère, elle est piquée^ il y a des ornements dessus, tout ce que vous voudrez, mais c'est de la flanelle. Bref, je suis dans l'état oii vous serez quand vous aurez mon âge, si vous avez continué cette vie d'Albertines que nous menons tous, qui peuple les familles de pauvres maris, et la société de pauvres enfants. Mariez-vous, ou vous serez comme moi une horloge détraquée, qui s'arrête à chaque instant et passe sa vie chez l'horloger; votre biographie tiendra comme la mienne en quatre mots : Usé sans avoir servi. Et dire que j'avais une si bonne mère, de si bons sentiments et une si bonne santé, et que j'ai tout sacrifié, tout raillé, tout perdu, pour imiter un tas d'imbéciles!...
Ah ! ne parlons plus de tout cela, je deviendrais furieux.
Tournez- vous donc un peu, vous. (Oe Naton se retourne sans comprendre pourquoi; do Ligneraye lui tàte les articulations des bras et des
genoux.) Mariez- vous, mon cher, mariez-vous, vous n'irez môme pas si loin que moi !
DE NATON.
Vous n'êtes pas gai, aujourd'hui !