ACTE DEUXIÈME
ans je n'étais pas plus jeune! Que je rencontre dans la rue une grisettc avec son petit bonnet en arrière, son regard malin et sa robe d'indienne, et me voilà ému comme un écolier; je lui souris malgré moi, comme à une amie. Elle reconnaît tout de suite, dans ce sourire, l'hommage spontané rendu à la jeunesse et à la beauté, et elle ne peut s'empêcher de sourire à son tour : les femmes devinent si vite les hommes qui les aiment ! et l'âge n'y fait rien î Vous n'aimez plus, ditesvous? voulez-vous aimer encore? Mettez-vous à votre fenêtre au commencement d'avril et regardez ces femmes qui vont et viennent par les rues de Paris. Leur marche est ferme et sonore, le cou apparaît tout blanc entre le col et le chapeau! le regard est clair, la lèvre est rose. Chacune d'elles porte en elle, avec un rayon du soleil nouveau, le frémissement intérieur et mystérieux de la nature qui se réveille, et l'on sent qu'elle va, de toute sa personne, confiante et résolue, vers cette éternelle sensation de l'amour, toujours la même et toujours nouvelle.
DE NATON, à part.
Est-il assez réussi?
DE LIGNERAYE.
On n'en fait plus comme vous.
LE COMTE
Ma parole, je le crois: il n'y a plus déjeunes gens, ou bien est-ce qu'ils ne veulent plus paraître jeunes?... Qu'est-ce qui leur est arrivé?... Est-ce un genre qu'ils se donnent? Ils ont tort. C'est si charmant et si facile de rester comme Dieu vous a faits! La nature vous a donné un cœur, aimez! des larmes, pleurez ! La sensation sera plus ou moins longue; mais elle sera... voilà l'important, et votre organisation aura fait son devoir. Mais, positivement, il y a décadence. Prenons mon fils, il doit tenir de moi : il est bien constitué, c'est un gaillard très-solide. Ce n'est plus ça ! Je le regardais tout à l'heure, dans le wagon, il dormait au lieu d'admirer
280 UN PÈRE PRODTGUE.
la campagne, qui est une merveille à partir de Rouen; il dormait, il a fallu le réveiller pour lui faire donner son billet. Vous voyez, il doit me rejoindre ici, il ne vient pas. Il arrivera tout chaud, dans une heure. (Montrant de Naton.) Et voilà l'autre qui rit de moi, là-bas, parce que j'ai chanté l'amour... 0 jeunesse! où vas-tu?