SCÈNE X
Les Mêmes, LE COMTE, ANDRÉ.
LE COMT'E. Il est entré vers la fln de la scène précédente, avec André, qui reste au fond, très-ému. S'avançant vers Hélène, après avoir regardé son fils.
Laissez-moi vous embrasser aussi.
HÉLÈNE, étonnée.
Monsieur!...
LE comte.
Vous m'avez fait pleurer; vous me devez bien cela... Quel orateur! — Allons, approche, André, tu n'es pas de trop.
HÉLÈNE
Vous m'écoutiez donc?
LE COMTE-
Derrière la porte, tout bonnement. Mais rassurez-vous, mon enfant, c'était avec l'autorisation de votre tante.
HÉLÈNE
Qu'est-ce que cela signifie?
Cela signifie, chère et adorable enfant, qu'il y a de par le monde, et pas bien loin de vous, un homme qui avait l'ambition de faire de vous sa femme. Cet homme était un fou, car il a près de trois fois votre âge, mais il a entendu lesbonnes paroles que vous avez dites ; elles lui ont rappelé à temps qu'il était père, et qu'il n'a plus autre chose à demander à la vie que les joies de la paternité. Alors, il a regardé
son fils, qui était auprès de lui, et, le voyant ému et tremblant à vos paroles, il a tout deviné et il s'est dit : « Cet homme dont Hélène parle, qu'elle rêve, qu'elle doit aimer, qu'elle aime, je tiens sa main; il est noble, loyal et bon; et je sens au frémissement de sa main qu'il va l'aimer comme elle veut qu'on l'aime, qu'il l'aime déjà, et, si j'aimais cette enfant, moi, c'est que je l'aimais par lui et pour lui, car cet homme, c'est bien plus que mon cœur, c'est mon fils ; c'est-à-dire le cœur de mon cœur ! »
ANDRÉ, se jetant dans les bras du comte.
Mon père!...
HÉLÈNE, très-émue.
Monsieur !
LE COMTE
Ma chère marquise, je vous avais demandé la main de votre nièce, mais j'avais oublié de vous dire que c'était pour mon fils.
ANDRÉ, s'approchant d'Hélène.
Je sens en moi comme en vous la volonté du bien; je vous estime, je vous aime. Soyez ma femme. Associons-nous, non pas pour accoler nos écussons et réunir nos fortunes, mais pour nous aimer sincèrement, pour porter à deux les joies et les douleurs de ce monde; pour être une force et un exemple.
.Combien me donnez-vous de temps pour réfléchir?
ANDRÉ
Tout le temps qu'il vous plaira; car le temps que vous emploierez à réfléchir, je l'emploierai à vous prouver que je vous aime.
HÉLÈNE
Eh bien, nous verrons...