‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 184 sur 245 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ANDRÉ

N'était-elle pas bien, cette robe ?

HELENE, montrant son cou.

Elle montait jusqu'ici. J'avais l'air d'une pensionnaire.

ANDRÉ

Tu étais suffisamment décolletée pour n'avoir pas trop chaud. C'est par les robes décolletées que s'évapore peu à peu la pudeur des femmes. Vous ne savez donc pas que le murmure d'admiration qui caresse vos épaules nues n'est qu'une insulte déguisée ! Si j'étais femme, je jugerais de la sincérité de l'homme qui dirait m'aimer par le corsage qu'il me laisserait mettre.

HÉLÈNE

Mais tout le monde...

Tout le monde!... Je le connais celui qu'on appelle Tout le monde... Tout le monde a horreur des gens qui s'aiment, des femmes chastes et des hommes jaloux, parce que Tout le monde n'a rien à gagner avec eux, tandis que Tout le monde profite des femmes coquettes, des maris indifférents et des épaules qui ne finissent pas. Tout le monde est un malin qui fait des théories à son bénéfice. .. Ainsi c'est Tout le monde qui dit : « Il faut aimer sa femme d'une certaine façon. L'épouse qui sera mère de famille a plus besoin de respect que d'amour. Laissez les transports, les jalousies, les manifestations violentes aux amours passagères! » ce qui veut dire: « Supprimez la passion dans le mariage, pour que le mariage soit ennuyeux, et, quand votre femme s'ennuiera, moi, Tout le monde, je la consolerai. » Eh bien, moi, je ne suis pas de l'avis de Tout le monde. Libre à ceux qui épousent par raison des femmes laides, de faire des théories sur le mariage, je les comprends; mais, moi qui t'ai épousée parce que je t'aimais... je t'aime... voilà tout, et ce mot n'a qu'un sens : baise-moi!

(Le comte ouvre la porte; mais, en voyant l'attitude des deux jeunes gens qui ne l'entendent pas, il referme doucement la porte, et reste en deliors.

HÉLÈNE

Et quand nous serons vieux?

ANDRÉ

Nous verrons; d'ailleurs, on n'a qu'à ne pas vieillir!

HÉLÈNE

Il faut bien y arriver.

ANDRÉ

Inutile; on fait comme mon père.

HÉLÈNE

C'est vrai ; mais...

Est-ce qu'il te déplaît d'être aimée comme tu l'es?

HÉLÈNE

Oh! non! et je suis bien heureuse; mais je me demande qui t'a appris à aimer ainsi ?

ANDRÉ

C'est toi !

HELENE, avec un air de doute.

Je le voudrais bien.

ANDRÉ

Qu'as-tu?

HÉLÈNE, tout bas.

Je suis jalouse I

ANDRÉ

Et de qui es-tu jalouse?

HÉLÈNE

Je n'en sais rien; voilà ce qu'il y a de plus affreux. Je suis jalouse de ton passé, que je n'ai pas connu et qui ne t'appartient pas plus qu'à moi.

ANDRÉ

Enfant!

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