ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
Oui, c'est avec ces mots-là que vous vous en tirez, vous autres hommes. « Enfant! » et vous croyez avoir tout dit et tout expliqué. Mais ceux qui disent que votre femme a plus besoin de respect que d'amour ont peut-être raison; car, avant elle, vous en avez aimé d'autres, que vous ne respectiez pas, puisque aucune d'elles n'a reçu votre nom. Votre respect est donc une nouvelle forme de votre amour qui nous appartient sans partage. A combien de femmes as-tu dit que "tu les aimais? C'est horrible quand j'y pense; et, lorsque je te vois ainsi à mes pieds, je me dis : « C'est une habitude, » et je me tourmente, — car je voudrais l'impossible, — que tu n'eusses jamais aimé que moi et que tu fusses à moi tout entier.
^ ANDRÉ
Tu veux tout savoir?
HÉLÈNE
Oui.
ANDRÉ
Tu me croiras?
HÉLÈNE
Je ne demande qu'à te croire.
ANDRÉ
Eh bien, oui, j'ai dit à d'autres femmes que je les aimais... Et maintenant, écoute bien ceci, mais n'en abuse pas trop. Il n'existe pas une femme, si habile, si belle, si aimée qu'elle soit, qui puisse donner à son amant la centième partie de l'émotion que donne en une minute à l'époux qui l'a choisie la jeune fille qui va recevoir de lui la révélation de l'amour. Notre esprit, notre cœur, nos sens, toutes nos facultés trouvent dans la première expansion de cette Ame ignorante, timide et curieuse à la fois, une sensation si absolue, qu'elle détruit tout ce qui n'est pas elle; si élevée, qu'aucune autre n'y peut atteindre; si complète, qu'il ne nous est même plus permis de l'éprouver une seconde fois. Tout homme qui ne
l'a pas connue et qui prétend avoir aimé est un fou dont on peut rire, et celui qui, dans le mariage, croit pouvoir se passer d'elle est un malheureux qu'il faut plaindre. -- Sois
tranquille, je suis bien à toi... (Le comte est entré sur ces derniers mots, s'est approché doucement, et, lorsque Hélène veut embrasser André, c'est lui qu'elle embrasse.)